SI JE TE SHAPE !!! François Pacou & Wave’s

/ / cueillette et rédaction  : Olivié « Taïnos » Lafleur / / / / maquillage et derniers propos : Colin « Rédac’ Chef » Hemet / /

16344139_10154966719699911_1801841172_n
Pub Wave’s des débuts, passée dans Surf Session

La dernière fois que j’ai vu François c’était au GlissExpo d’Anglet en 98. Il avait un stand pour ses boards Wave’s qu’il sortait en série et je l’avais trouvé usé, fatigué. Il livrait là un de ses derniers combats pour tenter d’enfin trouver la reconnaissance qui lui était due… Mais que dalle. Le système ne voulait pas de lui. Son tort était de ne pas être un « requin matuvu ». Non. François, c’était un ange dans un jeu de quilles, un talent brut dégorgeant d’une belle âme, et sans qu’on ne le lui laisse jamais porter le coup de grâce, la messe était dite.

 Novembre 1990, on venait de tout fracasser avec David Bourroux et le Team Guadeloupe, à la mythique Carro Wave Classic, courue dans une grosse tempête d’Est. David avait défoncé (pulvérisé oui !) tout le monde chez les Pros. Moi j’avais fais 4 en Amateur et gagné la SuperSession. En guise d’unique matos, une Tiga Wave 250 en plastique, acheté la veille de la compet pour 200 francs, et une voile Hi-Tech 4,1 en dacron !

Je n’avais pas une thune, je venais d’y gagner 500 francs grâce au prize money et je suis monté au Salon Nautique de Paris, trop fier, et persuadé qu’enfin j’aurai du matos et des sponsors… Je me suis fait ridiculisé par tous les boss – qu’au mieux j’amusais, car je n’avais pas de chaussettes en plein mois de décembre et à Paris. Le Windsurf était en train de devenir « Pro » dans tous les sens du terme (terne ?) et mon style jeune chien fou ne collait déjà plus au milieu. Hughes de Turckeim (Tiga) m’avait quand même proposé un contrat coureur magasin (équivalent d’un contrat international maintenant !) mais vu que je n’avais pas un kopec, il me fallait du matériel gratuit. C’est là que François m’a sauvé !

Roger de Lacaze, qui courrait déjà pour lui en vague, m’a présenté en ultime recours et le courant est tout de suite passé entre nous. J’adorais sa marque, ses décos étaient trop belles, son travail magnifique, ses customs étaient comme un rêve de glass brillant… Il m’a fait direct une merveille. Ma première vraie board de vague !!! Avec ma déco en tête de requin, une pure beauté en clark-foam… Elle était lourde pour les vents lights de Guadeloupe mais j’étais trop content et je l’ai ridé pendant toutes les vacances de noël en GPE. Une fois revenu en France, je lui envoyais des décos gratuite (c’était notre deal) faites dans ma chambre d’étudiant en STAPS, à Nice…

« Ma couv’ de Press Book : ma première board chez Wave’s avec la tête de requin. ce fut la couv’ de mon Press Book pendant toutes les années où j’ai recherché des sponsors ! » – Olivié

En février 91, l’on avait notre première parution dans Wind magazine, avec Roger et nos boards Wave’s, dans un article sur la Guadeloupe écrit par Bruno Franceschi. Le rêve était lancé et deux ans plus tard, je faisais rentrer dans le team Wave’s le King David Bourroux. Il galérait avec ses shapeurs qui ne comprenait pas ce qu’il voulait et là, tout a changé. On a eu les meilleures boards du monde !!! Des putains de merveilles en sandwich. Dix centimètres plus courtes que toutes les autres boards du moment, rails carrés derrière, ronds devant, des shapes extrêmes et qui tournaient enfin comme l’on voulait. David était LE rider qu’il fallait à François pour révolutionner ses shapes.

David, que tout le monde prenait pour un rider défoncé, n’en était pas un. C’était juste un enfant roi, perdu dans un monde de brutes. Il avait un carnet entier de croquis, griffonné de côtes précises au millimètre, de templates entiers réalisés à la main. Son association avec François fut tout simplement merveilleuse en terme de recherche et de développement sur le futur des boards de vague. Mais ça, personne n’en a eu conscience. Et ils furent tous les deux broyés dans ce système qui préférait le clinquant à la pureté !

L’un venait de Guadeloupe, l’autre de Biarritz…. L’un – David – était respecté mondialement par les riders les plus hardcores de la planète (il faisait parti de la famille Angulo quand il était à Maui !) mais à fini par se faire défoncer à longueur d’année par ce milieu qui ne voyait en lui qu’un fumeur de joint ! L’autre – François – habitait Biarritz !!! Je vous laisse imaginer les sarcasmes fusant sans discontinuer « Mort de rire, t’es pas crédible mec !!! Il n’y a pas de vent à Biarritz !!! Tes boards (en substance) c’est de la merde !!!… »

En surf ce fut le même topo. François avait beau habiter Biarritz, le centre du monde français de ce milieu se trouvait à Hossegor tu voiiaas ?!! Les shapeurs en vogue étaient australiens, américains et blablablahhh, mais un français, qui n’avait pas l’étiquette « Igor d’Hossegor » mais juste celle de « François de Biarritz » ne pouvait pas percer.

Il a inventé le surf en sandwich (ndlr : pour les néophytes, un procédé de construction au rapport qualité/poids/solidité/réactivité inégalable et sans précédent dans le monde du shape). Il a équipé les meilleurs surfers mondiaux, avec entre autre le tahitien Vétéa « Poto » David, mais aussi Kelly Slater, Rob Machado ou encore Rochelle Ballard et toute une tripoté de stars mais que dalle. Son travail n’a là aussi pas été reconnu et j’ai failli gerber quand j’ai vu débouler, dix ans après, les merdes de série faite chez Cobra (ndlr:Usine ayant le quasi-monopole de la fabrication de tout ce qui flotte et glisse sur l’eau), estampillés Surftech (avec tous les grands shapeur mondiaux qui signaient des pros model chez eux !!) et pas une once de miette du gâteau immense pour son créateur original, François de Biarritz !!!

Voilà comment l’on passe une vie entière à shaper quelques uns des meilleurs surfs et windsurfs de tout les temps tout en étant méprisé par tout ce système ! Juste une putain de localisation géographique, un look (?) qui ne colle pas à la « logique bien-pensante » du milieu étriqué qu’est le notre, tenu par des caciques qui font juste des bizness plan et qui ont oubliés en chemin leurs âmes de Windsurfers et Surfers des débuts !

Voici l’histoire de François Pacou, sa Vie, son Oeuvre et elle est Immense !!
Olivié

Algajola 03
Photo prise lors de la FPBA en CORSE en juin 93 avec de gauche à droite le TEAM WAVE’S / Gildas LAGADEC (assis) Florence DUFOUR, Olivié LAFLEUR, David BOURROUX, Steeve HUPPERT et François ! les boards Rasta sont celles du Team GPE Olivié et David bien sur !

NDLR : Attention mesdames’z’est messieurs. A la lecture de l’interview qui suit, vous risquez d’avoir une fois de plus envie de nous envoyer des mails d’insultes ou de condoléances… ne vous inquiétez pas, on commence à en avoir l’habitude.

T’es né quand ?

Alors c’était le 25 février 1957 – hier quoi ! – à Hagetmau dans les Landes

5 dates clefs dans ta vie ?

  • A 5 ans le jour où mon grand père m’a collé un bout de bois et une râpe dans les mains dans son atelier. J’ai su que la main ne pourrait pas se dissocier de l’imagination.
  • 1964 Départ pour la Tunisie
  • 1977 Saison de Challenge Honda France 125 où je touche des doigts mon rêve
  • 1984 Création de Wave’s
  • 1990/1993 Naissances de mes deux fils.

Dou viens tu ? Que fais tu ? Où vas tu ? 

Je viens d’une copulation volcanique entre mon père et ma mère, du moins je l’espère parce que pour moi ce fût le moment que je choisis pour poser mes valises dans cette famille. Famille déjà composée de deux filles qui deviennent ipso facto mes sœurs. Le tout dans le milieu bourgeois d’un médecin de campagne, dans les Landes, enchaîné à son travail et de sa femme qui l’aide en restant à la maison. Cette vie d’enfance nourrie de manques et de trop pleins forme mon caractère. Un mélange de révolte sourde, d’une révulsion profonde de l’injustice mais aussi d’un sens aigu de l’observation et d’une capacité à capter les choses, ce qui ensemencera un territoire intérieur où je me réfugierai souvent. Et tout ça dans un bordel incommensurable.

A 8 ans fuite d’une partie de la famille en Tunisie où j’ai découvert un pays qui me correspondait bien mieux. Tout d’abord la chaleur qui m’a enveloppé au sortir du bateau sur le port de La Goulette, puis, j’y ai découvert le bonheur de la contemplation, la jouissance de la vie à l’instant présent, la vie entremêlée d’une quarantaine de nationalités dans mon lycée toutes confessions confondues Ce pays, ce jardin où je me suis baladé en prenant mon temps, le temps de l’adolescence, m’a marqué à vie.

Retour en France en passant par la Corse où je passe mon bac et découvre le moto cross. Passion que je partage avec Yves Loubet qui deviendra un fameux pilote de rallye et non moins fameux casseur de voitures :).

Puis vint le choix, celui qui plombe ou qui panique: « Que vas tu faire de ta vie mon fils ? » , ou plus exactement « Que va-t-on faire de toi ?« .

Moi, je voulais être pilote de course moto ! Ce n’était pas une simple idée d’enfant comme pompier ou cosmonaute, non, c’était enraciné en moi, vital, une absolue nécessité.

« Et sinon ?« 

« Styliste en carrosserie« 

Ah oui. Ça, c’était mon deuxième kif. Allier la réflexion au geste créateur. Les dessins sur tous mes cahiers de classe pouvaient en attester. Je me suis donc orienté vers une carrière d’ingénieur mais dans le coin de ma tête ce n’était que l’option numéro 2. Question étude, ce fût laborieux. J’étais à la fois très attiré par les matières techniques où je me régalais et les matières littéraires qui étaient moins conciliantes. Quant aux maths c’était une lutte permanente ! Bac E en poche (ndlr: équivalent d’un Bac S amenant vers les grandes écoles d’ingénieurs. Et ouais, il est vieux comme ça), direction la fac de Pau, dite des sciences exactes, tout un programme, pour y entamer un DEUG de Maths Physique. Erreur funeste d’aiguillage, mais à y regarder de plus près, si j’avais choisi Pau c’était pour la présence d’un circuit moto où je ne manquais pas de m’échapper, délaissant les cours de fac qui ne me passionnaient pas, tout en faisant des guirlandes de mes zéro en devoirs surveillés.

Premières courses, premiers frissons, premiers résultats encourageants. Exit Pau, un petit saut de puce plus loin et voilà Tarbes, le pot de chambre des Pyrénées, pour un BTS de dessin industriel, histoire de rassurer mes parents quant à l’avenir de leur rejeton. Mais la course moto me consume, me dévore et un accident de la route indemnisé me permet d’envisager une saison de Challenge Honda 125. Du moins acheter la moto. C’est LA formule de promotion qui permettait au meilleur d’envisager poursuivre une carrière dans des conditions intéressantes. Avec l’assurance de mes 20 ans, j’inscrirais sur les tablettes mon nom en haut du classement, c’est certain ! Le BTS s’étonne de mes absences répétées, en prend ombrage comme une maîtresse délaissée et me congédie pour sauver la face alors que ça fait longtemps que je l’ai quitté.

Copie de entree mejanes
1977

Cette année 1977 est un plongeon dans la vie de bohème où nous partageons la route, les galères, parfois les copines et les casseroles de raviolis. Nous apprenons aussi que l’erreur se paye cash, autant sur la piste qu’en dehors. Mais nous avons ouvert en grand les portes de la liberté que nous dévorons des doigts de pied jusqu’à sa rayonnante couronne. Cette année-là a été riche d’enseignements, j’ai su ce qu’était la gloire, les courtisans qu’elle génère et qui s’éparpillent au premier nuage. J’ai appris ce qu’était la grosse tête, passage quasi obligé dans un parcours sportif et qui ne doit pas trop s’éterniser pour ne pas devenir pathologique. C’est aussi cette année-là que j’ai su que si je devais porter un licol ce serait celui de mon choix. 1977 année d’un rare densité, en tête du championnat une bonne partie de la saison, je suis 2 avant le dernier week-end de la saison suite à une fracture de la clavicule la course précédente, mais persuadé de rentrer à la maison couronné. Les essais se passent parfaitement, je gagne ma manche qualificative et me prépare pour la der des der, la finale qui déterminera la suite de ma carrière car la première place richement dotée est la seule option envisageable qui me permette de continuer. J’ai une vision claire de ce que doit être ma saison prochaine, les jalons sont posés et la moto de flambe retenue. Mais c’est sans compter avec le coup tordu, la vieille dégueulasserie de celui qui ne peut gagner à la loyale, et je me retrouve en finale avec une moto qui a perdu mystérieusement 1500 trs/min pendant l’heure de parc fermé avant la course. Adieu vache, cochon, couvée. Adieu mes rêves, retour brutal à la réalité.

S’en sont suivies, des errances personnelles et professionnelles passant par divers bureaux d’études et bien d’autres choses encore. Et ce fut la rencontre avec le Windsurf, une passion salvatrice et fulgurante entre un bonhomme en quête de reconnaissance et des bouts de mousses inertes qui n’attendaient qu’à vivre enfin une vie houleuse. Personne ne peut comprendre, à part les confrères, ou ceux qui savent ce qu’est de donner vie à la matière, la subtilité des sensations qui nous traversent dans une salle de shape. A chaque shape, une remise en question, on affine, on modifie ou on repart de zéro et refaire systématiquement la même chose s’apparente à un constat d’échec.

Après une trentaine d’années le nez dans le guidon du rabot, j’ai décidé de le poser et surtout d’arrêter de m’intoxiquer avec tous les produits chimiques inhérents à ce travail avant qu’ils ne finissent de me ronger définitivement. Si les sports de glisse jouissent d’une image idéale, le soleil, les vagues, la nature et les petits oiseaux, l’arrière boutique ressemble plutôt à la cuisine d’un resto chinois ou aurait trouvé des rats décomposés dans les frigos. Et dans ce jeu de dupe, les shapers sont en première ligne. Usé aussi par la lutte quotidienne pour survivre dans un marché où le sur-mesure est vendu en dessous du prix de série, où le rider n’est plus qu’un consommateur comme un autre, manipulé par le marketing qui le frustre de saison en saison pour lui coller la nouveauté indispensable, nouveauté qui sera has-been dans les 6 mois à venir.

A faire des nouveaux modèles chaque année, on tue le marché de l’occasion, on poignarde les shops qui doivent discounter à peine le produit déballé et on fait un marché de frustrés qui ne peuvent se satisfaire du matériel qu’ils viennent d’acheter, déjà l’annonce de la nouveauté les titille. Ce marché de la glisse est en recherche perpétuelle d’un nouveau souffle. C’est le single, puis le twin, puis le thruster ou encore le quad. Puis le paddle après avoir essoré le kitesurf en attendant la nouvelle nouveauté comme un condamné saute de galet en galet pour ne pas tomber dans l’eau et se noyer. Chaque fois les mêmes recettes, chaque fois les mêmes cadavres sur la route et chaque fois la politique de la terre brûlée.

Le milieu de la glisse c’est le seul cercle d’idiots professionnels qui tuent les créateurs en les pillant au lieu de leur permettre de vivre et d’innover sur un marché d’élite pour que leur travail rejaillisse sur l’ensemble de la profession comme on peut le voir dans la haute couture. Les grandes marques nous ont toujours considéré comme des concurrents, alors qu’il aurait fallu nous percevoir comme des partenaires. Les shapers formaient le haut de la pyramide, le Graal pour tout planchiste, c’était leur place légitime qu’il fallait surtout ne pas remettre en cause et au contraire la favoriser mais c’était insupportable pour les têtes pensantes du marketing des majors et leurs courbes de croissance. Alors ils ont voulu tout croquer en montant les gammes vers le haut, vers notre marché et se sont couper de leur bases, les débutants, les “blaireaux” comme titrait Wind magazine. C’étaient les familles qui partaient en vacances une planche sur le toit dans les années 80. Il s’en est suivi un trou énorme d’offres dans le matériel et un report des “blaireaux“ vers le VTT ou d’autres sports de vacances. Quand ils s’en sont aperçu dans un éclair de lucidité, accrochés au pinceau, les finauds avaient fait tomber l’échelle ! Mais ils avaient réussi ce qu’ils voulaient, ils nous avaient tué, mais se faisant, ils se sont tués également et n’en finissent pas d’agoniser avec un public vieillissant.

Francois : "Ca c'est la tof que j'avais passé dans WIND en pub pour pouvoir avoir accès aux tests, c'était une tof du catalogue Oxbow avec Raoul Lequertier, mais Cazenave me l'avait passée pour ma pub. A partir de là Wave's a eu de la "visibilité""
Francois : « Ca c’est la tof que j’avais passé dans WIND en pub pour pouvoir avoir accès aux tests,
c’était une tof du catalogue Oxbow avec Raoul Lequertier, mais Cazenave me l’avait donnée. A partir de là Wave’s a eu de la « visibilité » »

Maintenant je réoriente ma vie parce qu’il y a plus derrière que devant et j’ai encore des envies de plein de choses à découvrir, j’ai des rêves à vivre, des bonheurs à partager. La moto a repris une place importante par la compétition, comme une boucle à boucler. C’était inattendu, c’est arrivé comme ça, comme une boutade entre potes et puis je me suis retrouvé en cuir sur la piste à me tirer la bourre avec des gamins de 15 ans. Mais ce qui m’a de suite accroché c’est le défi de désapprendre ce que je savais et qui était imprimé profondément en moi pour apprendre et intégrer un style moderne, un style adapté aux motos actuelles et progresser. Ça c’est excitant et terriblement motivant. Je me prouve qu’on peut apprendre et progresser à 60 balais.

Ou je vais ? Je n’en ai aucune idée, hormis mon désir de devenir champion de moto, je n’ai jamais trop eu d’idées vraiment précises ou affirmées sur un avenir. Déjà, gamin, l’an 2000 me paraissait inatteignable. J’ai toujours navigué à l’envie, à l’intuition du moment et faisant confiance au flux qui me porte. Dans mes cartons j’ai encore plein d’idées novatrices qui dorment et qui pour une fois ne m’empêchent plus de dormir. La nécessité est ailleurs, Vivre…

Pourquoi le shape ?

En 1977, après une vaine tentative de monter sur une planche à voile, je me jure bien que je ne ferai jamais de ce sport à la con. En 1980, alors barman du camping familial en Corse, je découvre vraiment le plaisir de la glisse et ce sentiment plein et intense de liberté qu’elle procure lorsque qu’on atteint son premier planning, les épaules frôlant l’eau. C’est la révélation ! En fait, un transfert absolument nécessaire d’une passion vers une autre, de la moto qui ne veut plus de moi vers la glisse qui me tend les bras. Très vite glisser sur l’eau n’est plus suffisant et fabriquer l’outil qui permet de le faire devient une évidence.

1982, Nourri, abreuvé au biberon des premiers Wind magazine, subjugué par la silhouette de Daniele Afflatet qui portant son gréement sur tête, partait essayer toutes les planches du monde la poitrine fière et le regard au loin, enivré des récits de la PanAm, d’Hawaii, de Jurgen Honscheidt, d’exploits d’un jeune insolant d’aisance Robby Naish, j’achète ma toute premier merveille, une HIFLY 444 et j’oriente ma boussole vers Biarritz sans savoir alors que c’était le cimetière du vent. Peu importe, je fais un stage de réparation de planche et me voilà embauché dans LE shop Biarrot ESPACE. J’y croise Joël Roux et Jacques Albert. Je regarde, j’observe j’apprends et je m’y mets. Tout est encore à faire, la planche n’en est qu’à ses débuts. J’ai compris quelques années plus tard, que la vie m’avait amené au Shape en suivant des méandres inattendus. Le shape une des plus belles filiations avec le stylisme en carrosserie. Ce métier passion qui alliait intimement la réflexion technique, la recherche de la forme parfaite à l’intelligence de la main, c’était le mien.

Pau 1977
Pau 1977

Les personnes marquantes dans ta vie de shaper ?

Comme shaper, En tout premier lieu je rends hommage à Jacques Albert pour la fluidité de ses shapes et leurs équilibres que je me suis appliqué à intégrer avant de trouver mon propre style. Ils ont toujours été une référence vers laquelle je suis souvent revenu. Jacques a shapé pour Lightning Bolt la marque de Gerry Lopez à la grande époque des années fin 70/80. Ensuite Hughes De Turckheim, son côté technique, sa puissance de réflexion et d’analyse me fascinaient, ce qui contrastait beaucoup avec le côté pifométrique ou de simple copiage que je voyais autour de moi. Hugues, pour moi, ne représentait pas l’esbroufe, le clinquant et le “M’as tu vu quand je cause” qui a beaucoup régné dans le milieu. C’était pour moi un artisan besogneux au sens noble du terme.

L’atelier d’un shaper est un carrefour où les riders des tous horizons viennent traîner leurs tongs. C’est une panoplie complète de la comédie humaine. Parmi eux il y a les champions du monde de Cergy-Pontoise, les tapeurs professionnels, ceux qui vont vous apprendre à shaper et vont vous faire vendre des tonnes de planches “all over ze world”. Et il y a des rencontres qui marquent et qui se transforment en belles aventures humaines. Bien sûr avoir fait des surfs en technologie sandwich pour le top ten mondial est une fierté mais ce que j’ai le plus adoré c’est la complicité et le travail partagés avec Vétéa David durant 7 saisons ou avec Karl Tacito et Yann Sorlut en Windsurf. Il y a aussi des rencontres plus affectives, David Bourroux ce qui m’a valu par l’équipe Dakine le surnom de Papa à David et puis Loïc Erran et Patricia Rossi en surf. Belle rencontre aussi avec un jeune rider doué mais un peu perdu dans un monde d’adultes, avec une sensibilité qu’il continue à mettre en couleurs, Olivié Lafleur.

Et puis il y a Laurent Debove Ingénieur CNRS qu’on croirait échappé d’une caserne de CRS, passionné de Windsurf, avec qui on a partagé rêves technologiques et vacances en famille. Il est à la genèse de la machine à shaper “NESSY” qui nous en aura fait passer des nuits blanches. A nous deux nous avons saturé les tuyaux internet en mails, en échanges de fichiers et en skype . Il est un peu le frère que je n’ai pas eu bien qu’il ait quand même un caractère de chiotte et je m’y connais !!!

Je n’oublie pas non plus Jean-Phi Pascal vieux complice de loin, qui m’a extrait de mon atelier pour me faire découvrir le spot de Shaks à Puerto Rico, encore une belle rencontre que ce métier m’a offert.

Tes plus belles « trouvailles » de shape (pour ne pas dire inventions !)

  • L’aileron avec proto de sabot adaptable (Std US vers Std Tiga) envoyé sur une planche de slalom pour un test custom à Planch’ mag et qualifié de bricolage par le journaliste.
  • Les amortisseurs sous les pieds, au début juste sous les talons puis rapidement sous tout le pied. Ça faisait un moment que je tournais autour sans trouver LA solution idéale et puis Karl Tacito a ramené à l’atelier un proto Tiga d’Hugues avec une mousse de pont intégrale et ça a été le déclic.
  • Un pied de mat amortisseur mais qui n’a jamais été présenté à la presse dont le proto est encore au fond de mon sac de planche 🙂
  • Les cul carrés associés à un outline arrière et des rails optimisant la conduite à la gite sur les planche de race alors que toute le monde faisait des round tail.
  • L’adaptation de la technologie sandwich au surf qui est un plus indéniable dans certaines conditions de surf et pour laquelle il a fallu se battre pour lutter contre les choses établies et les arguments mensongers et surtout une indifférence de la presse française. Presse qui comme par hasard a été dithyrambique pour les Surfs sandwich Surftech et Salomon 10 ans plus tard comme quoi l’argent est un bon lubrifiant…
  • Les planches compactes avec les Fish Egg, qui ont entrainé une véritable révolution dans la vision du shape de windsurf ce qui est toujours d’actualité.
  • Les arrières V-FLex mis au point sur les twin-tips de Kite surf et plus récemment sur les ski nautiques Handisport. Ça permet une conduite en douceur dans le clapot est un contrôle inégalé dans les courbes full speed.

Une board parfaite pour toi ?

Que cela soit en vagues ou en slalom j’ai d’abord privilégié l’efficacité globale, ce qui passe non pas par des compromis mais la mise à l’écart des solutions trop radicales. Bien évidement ça ne m’a pas empêché d’explorer les solutions radicales comme le squale ou certaines boards avec David Bourroux mais le fil conducteur a toujours été l’efficacité globale. Une planche de slalom qui est un avion mais qui ne tourne pas à la bouée ou fait un croc en jambe à cause d’un shape de rails trop radical n’a aucun intérêt, c’est un piège. D’où les rails d’inspiration planche de vagues sur l’avant de mes boards de slalom. Une board de vague parfaite comblera celui à qui elle est destinée. Ça pourra être une soul surfeuse ou une board plus polyvalente, mais le rider ne devra pas se battre avec, juste la conduire et se gaver.

David Bourroux en Table Top à Algajola
François Pacou en Table Top à Algajola

C’était quoi ton concept de board (en Windsurf) avec les ailerons devant et derrière la board, et la board compact c’était quand?

La board twin tip était une base du EggFish un peu plus tendu avec un bout de carène avant démontable qui permettait de naviguer dans les deux sens en free style. Le sabot amovible etait grosso modo une carène arrière de planche avec un aileron éliptique droit, donc on avait une planche avec l’avant et l’arrière tendu. C’était un concept board qui apportait une vision différente de ce que pouvait être une board de free style.

Le squale était aussi une autre concept board, une planche ultra courte et qui plane hyper tôt en 5,8m2, je l’ai toujours. Ensuite l’idée de la première planche compacte m’est venu des planches évolutives du surf et de la réflexion que le principal ennemi de la radicalité dans le surf en windsurf était l’inertie de tout ce qui était devant. Mon cheval de bataille a toujours été le lightwind, pays basque oblige. Donc je cherchais une planche courte pour une moindre inertie mais qui plane tôt. Je suis parti du comportement d’une wave salom 2,65 pour le planning facile. Pour le twin tip , je ne suis pas sur mais ça doit tourner autour de 97 c’était après l’ère David Bourroux.

Quiver Vetea David

Tu as encore ces boards quelque part ?

Yes j’ai le squale et la première fish 2,45m. J’avais demandé à Cazenave de la shooter devant l’atelier pour Wind et j’ai envoyé la tof avec un topo. le journaleux a écrit que cette board était l’avenir du windsurf. Enfin selon ce que j’en disais d’après lui… (ndlr : Quand on voit ce que les shapes 2017 donnent et ce depuis quelques temps maintenant…)

Le kiff de ta vie en shape ? Et en navigation ?

En shape, il y en a plusieurs. En fait, chaque fois qu’une idée qui a occupé ma tête des nuits durant, arrivait une fois aboutie dans la salle de shape et prenait vie sous le rabot. Ça pouvait être n’importe quoi. Ce qui me gavait c’était la répétition, la seule chose qui m’excitait était l’exploration de nouvelles idées.

En navigation, en 1996 oui au siècle dernier, je suis allé avec un ami rejoindre David Bourroux pour l’Aloha Classic d’Hawaii. Arrivés le soir après un nombre d’heures d’avion incalculables, on déniche une piaule dans un hôtel minable, un assemblage de planches de bois en prise directe avec les chambres d’à côté. Nous avons donc participé aux ébats de Monsieur et Madame, nos voisins, qui ont fait preuve d’une rare santé. Le lendemain les yeux en trou de pine en plein jet lag, je gréais ma 4,5 sur la plage mythique d’Ho’okipa et je prenais ma toute première vague en compagnie d’un jeune insolant daisance, un certain Robby Naish – souvenir incrusté dans ma mémoire aussi solidement qu’un aileron dans le reef corallien – après quelques sets et de belles frayeurs, je me rendis à l’évidence que l’over-mast était sans doute un peu présomptueux et je garais ma planche sur la plage pour me diriger sous la douche. Les images de mes premiers surfs hawaiiens dans la tête, j’étais tout à mon petit kiff perso, en plein soleil, l’eau ruisselante sur ma peau de shaper qui a passé l’été dans sa salle de ponçage. Quand soudain, la nuit s’est abattue. Une éclipse ? Non, juste l’autre caïd du coin, le Golgoth Dunkynator (Bjorn Dunkerbeck) qui prenait lui aussi sa douche juste à coté, et me masquait le soleil. Louis de Funès sous la douche avec Robert Duranton dans le Corniaud !

Le spot de tes rêves ?

Ce serait la vague de Parlementia taille de mat avec les alizés de Puerto Rico et l‘arrière plan de la Galice.

As-tu shapé sous licence et pour qui?

Oui uniquement pour Shaun Tomson. J’ai rencontre Shaun a Anglet chez Christophe Bordenave . Je lui ai proposé de lui faire une planche en tri concave façon DeTurckeim. Il l’a tellement apprecié qu’il l’a utilisée pour le Biarritz Surf Master et ma proposé la licence Shaun Tomson. .J’ai fais les Tomson 2 ans. Shaun a revendu sa marque et le contrat a pris fin

Sinon j’ai shapé pour Hitech France les planches d’initiation Blue Velvet la Cross Max et la Blue Kiddy reprise par Starboard par la suite. J’ai également shapé une gamme de kite surf pour Gaastra. J’ai aussi fais les 4 premiers modèles de Surfactory.

J’ai shapé aussi pour Woo les pirogues hawaïennes. C’est quelque chose !

Shaun Tomson
Une tof de Shaun Tomson qui sort de l’eau avec une board sous le bras au Biarritz Surf Master

Tu sais combien de boards tu as shapé dans ta vie ?

Pas la moindre idée , Je shapais dans les années fastes 100 wind et 200 surfs, j’ai commencé en 1982 et fini en 2011

« Parle nous de David Bourroux et Fabien Pendle qui furent tout deux tes coureurs”

Fabien est arrivé au moment où je cherchais un rider français leader d’une génération. Il venait de gagner la Malibu Cup et de signer avec Fanatic. Un chien fou en pleine croissance, tout lui arrivait en même temps, la gloire, l’argent, la couverture médiatique, il était dans un tourbillon les deux pieds décollant du sol. Il m’a beaucoup cassé de planches l’animal, je me suis même demandé s’il n’y avait pas chez lui une vocation refoulée de crash-tester. Je me souviens particulièrement d’un proto Wave Ultra Light Wind époxy EPS full carbone. Paix à son âme. Un travail minutieux de plus d’une semaine pour en tirer le dernier gramme et qui n’a dépassé les 30 minutes d’utilisation sous ses pieds. Si les riders suivants ont pu se plaindre d’une certaine lourdeur de mes protos en Clark Foam c’est clairement à Fabien qu’ils le doivent ! 🙂 Avec Fabien, j’ai pas mal avancé sur les planches de vagues Lightwind, toutes les données récoltées m’ont bien servi lors du travail de recherche sur les planches de vagues compactes Fish Egg.

Je ne me souviens plus de notre première rencontre mais David avait l’art d’attirer la sympathie des gens, un mélange de compassion et d’envie de protection du gamin qu’il était. Nous n’étions pas loin d’une relation père/fils. Une fois la connexion faite, il fallait accueillir David avec ses valises, toutes ses valises et ses casseroles et il avait le chic pour en traîner quelques-unes, heureusement pour lui, ça ne comptait pas en excédent bagages dans ses vols internationaux… David avait tout du poète maudit, il venait chercher sa nourriture affective et ses besoins matériels, passait un bon moment et repartait avec sa liberté en bandoulière qui primait sur ses liens professionnels. On a vachement bossé avec ce garçon très attachant, on a testé et re-testé un paquet de planches, d’options et de détails. On est souvent allé à l’extrême afin de cerner les limites. Cette collaboration a été très riche et source d’inspiration dans mon travail. J’aimais son côté rebelle et excessif qui le rendait éblouissant sur l’eau.

Avec qui et comment tu as appris à faire des boards en sandwich, quel était ton mode de fabrication, avantage et inconvénients (s’il y en avait) et a quel moment tu as percuté qu’il fallait appliquer cette « recette » au surf?”

Comme je t’ai dit plus tôt, j’ai la chance d’avoir la capacité de capter et d’intégrer rapidement ce que je vois et j’ai quand même une formation technique que j’ai mise en pratique dans différents bureaux d’étude. Le sandwich comme technologie, je le connaissais dans d’autres domaine mais quand Marco Copello a déboulé avec ses Red line au Nautique ça a été un choc pour beaucoup d’entre nous et il faut le dire, les majors ont pris une bonne claque, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Marco montrait la voie (Ça va lui plaire ça 🙂 )

Je travaillais déjà sous vide depuis 2 ans, passer au sandwich une fois les matériaux à utiliser répertoriés n’était vraiment pas une chose insurmontable. On a échangé des idées et des tuyaux avec Jérôme Caillet (Radical) et je m’y suis mis, j’ai testé pas mal de solutions ; tout Airex, mix Airex/Rohacell, pour finir par un assemblage Spheretex/Pont et Airex/Carène qui me satisfaisait parfaitement. Le Spheretex est ce qu’on appelle un micro sandwich, sa mise en oeuvre est assez tendue, on a vite fait de faire une planche trop lourde ou bien trop fragile mais quand la mise en oeuvre est maîtrisée, le résultat est un ratio poids/solidité optimal.

Les avantage sont une solidité au top sur le pont pour tout ce qui est impact et comme le spheretex enduit de résine s’apparente à une serpillière, il est parfaitement neutre lors de la mise sous vide alors que l’Airex demande des découpes, du formage et a tendance à pré-contraindre le pain de polystyrène en modifiant les courbes radiales et longitudinales. Ce qu’on pouvait reprocher au spheretex était une réactivité sèche sur l’eau, ça donnait des planches avec beaucoup de renvoi, mais en surf on pouvait aisément contrebalancer ça par l’utilisation de fibres appropriées, ce qui fait que mes surfs étaient capables de beaucoup de flexibilité et avait également un nerf terrible pour la relance. Un longboard, à l’envers sous charge, devenait totalement plat. J’ai senti tout de suite qu’il y avait quelque chose à apporter au surf avec cette technologie.

Le fameux Squale, bien avant les shapes inspirés des surfs "Tomo" qui font fureur sur les spots depuis moins de deux ans
Le fameux Squale, bien avant les shapes inspirés des surfs « Tomo » qui font fureur sur les spots depuis moins de deux ans

Que pouvait on reprocher aux surfs traditionnels ?

Le poids. On atteignait la limite des matériaux au regard de l’évolution de plus en plus aérienne du surf. Pour la solidité, je ne te fais pas de dessin. Et surtout le manque de nervosité. Les planches traditionnelles manquent de relance d’autant plus qu’on cherche à atteindre le poids minimal par la réduction des échantillonnages de fibre. Donc, on essayait de tout déterminer par le shape, éventuellement par la largeur de la latte centrale et la technique du surfer avec forcément ses limites. Le sandwich tout d’un coup nous ouvrait une éventail bien plus vaste d’options et c’est ça qui m’a motivé pour m’y mettre à fond.

Je me suis laissé 1 an pour roder la technique avec le Windsurf est en 88/89 j’ai commis mes deux premiers surfs, un Longboard et un 6’4”.

S’en suivent 22 années de fabrication de planches de surf en sandwich et de collaboration avec les riders. C’est comme ça que sont passés par l’atelier, les Rob Machado, Kelly Slater, Luke Egan, Shane Bevan, Shane Beschen, Shane Dorian, Glenn Winton, Vétea David, Kaipo Jaquias ou Rochelle Ballard. Ils ont tous été impressionnés et enthousiastes du rendement sur l’eau mais le problème était une trop grande différence de comportement avec le reste de leur quiver. Le timing sur la vague était franchement différent et il leur était difficile de passer d’une planche à l’autre sauf pour Vétea David qui lui avait tout son quiver de petites planches en sandwich. Ce sont d’ailleurs selon ses propres paroles, ces planches qui lui ont permis de se maintenir si longtemps dans le top 44.

Un petit mot sur le matos actuel ? Cobra, prix de ventes public, qualité…

Le plus grand intérêt actuel est le foil, vers lequel se tournent tous les regards en ce moment. Perso, si je salue la technicité du truc et sa mise au point, je préfère la navigation au contact, plus rude, la conduite de la planche sur le rail. Sinon, les planches ont atteint un niveau en shape remarquable, on le doit bien évidement aux travail efficace et consciencieux des shapers, les marques n’étant pour la plupart que des marchands d’emballage.

D’ailleurs à propos d’emballage, la planche de série est de plus en plus chère pour une qualité de plus en plus basse et une durabilité qui laisse à désirer. Que s’est- il passé ? Avant, les shapers étaient à l’instar des luthiers, l’ultime, le rêve accessible pour le planchiste qui avait passé son initiation. Le prix était à l’avenant bien que souvent en décalage par rapport à l’implication du shaper. Une planche en carbone était en carbone. Réellement, pas avec un filament tous les 20 cm ou un fil de verre teinté en noir. La qualité était au rendez-vous, le choix des matériaux ne trompait pas le client. D’ailleurs, la plupart du temps, il pouvait assister à la gestation du bébé. Mais voilà les grandes marques ont rencontrés les usines d’Asie et, s’attachant les services d’excellents shapers qui étaient parfois au chevet de leur entreprise, ont proposé des planches ultra performantes rivalisant en look, en finition extérieure comme en poids avec les customs. Le prix était moindre pour une planche qui souvent arborait une signature prestigieuse ou le nom d’une star du Windsurf. De plus, l’offre de garantie que permettait cette combinaison Fabricant/ Marque a fini d’enfoncer la tête des shapers sous la ligne de flottaison. Et si certains clients sont restés fidèles parmi les fidèles, les trompettes de la renommée en ont charmé plus d’un.

Maintenant le champ est libre, la référence custom s’est tue à quelques survivants près. Le client n’a guère d’autres choix que d’acheter ce qu’il lui est proposé ou imposé. Rien de plus facile alors que d’augmenter les marges, d’autant plus nécessaire que le marché s’est réduit et que la parité Euro/Dollar n’est plus aussi favorable. Comment augmenter les marges sans trop monter les prix ? Jouer sur la qualité, mais interne celle qui ne se voit du moins, pas immédiatement. On a toujours une beau shape estampillé Pur Shaper, un bel emballage mais © Daube Inside ! Est-ce la faute du fabricant qui joue de son pouvoir de monopole ou bien des marques qui imposent des tarifs tellement bas qu’il n’y a d’autres solutions qu’une construction au rabais ?

Parle nous de tes décos qui étaient si spéciales et belles, ton logo,..où, quand, comment?

Houla, tout le monde n’est pas de cet avis !

En fait je n’aime pas suivre les tendances surtout pour des histoires de marketing. J’ai toujours eu la volonté que ma (petite) entreprise reflète ce que j’étais, pourquoi faire autre chose que ce qu’on est vraiment. Pourquoi irais-je faire des décos de dragons ou de tête de mort, ça ne me correspondait pas. Je n’aime pas les concessions surtout quand elles sont mercantiles. Donc mes décos suivaient l’inspiration du moment, au gré des rencontres, comme par exemple celles qui sont apparu après mon trip à la réunion et ma rencontre avec Le Gall, Je suis tombé sous le charme de son univers et je m’en suis largement inspiré pour peupler mes boards de tortues évoluant dans un camaïeu de bleu lagon et de silhouettes africaines dans les ocres chauds. J’ai aussi travaillé avec des artistes et graphistes comme Thierry Planke, Charline Tihon pour mes dernières boards de kite en pop art et Olivié Lafleur pour certaines planches de Windsurf, notamment la célèbre planche à tête de requin !

Mon logo a fait beaucoup parler du moins le perso que je collais au nez de chaque planche. Je me suis mis à ma table, crayon à la main et feuille blanche devant en me posant ces questions : Je suis quoi ? Je cherche quoi? Jaspire à quoi ? De là j’ai accouché de ce logo. Aucune allusion aux illuminatis, dont j’ignorais d’ailleurs totalement l’existence lors de sa création. Il est en rapport avec ma quête personnelle, d’où la présence d’un triangle représentant l’équilibre, Graal si difficile à atteindre. Mais finalement, la suite m’a appris que voyager dans sa vie sur le fil du déséquilibre n’est pas nécessairement négatif.

Le Logo Wave’s en arabesque auquel tu dois faire référence vient de la collaboration avec un grapheur suisse de grand talent, Christophe Kiss, on était assez raccord question esthétique graphique. Sa vision des choses toutes personnelle me convenait totalement. Il a capté ma demande très vite et a su y répondre et ça a donné ce logo. Il a aussi été à l’origine de la déco minimaliste des Fish 264 de série jaune qui a été assez mal accueillie, « François change tes décos » m’a glissé dans l’oreille Caro Duby au Nautique lors de la présentation. Il n’en fallait pas plus pour que mon sang, croisement de catalan et de vendéenne, me fasse tenir bon !

La photo préféré du rédac' chef. Ni plus, ni moins !!!
La photo préféré du rédac’ chef. Ni plus, ni moins !!! Pub pour Wind magnifique, sortie du catalogue Oxbow, offerte pour l’occasion à François par Sylvain Carénage.  A partir de là, Wave’s au de la visibilité dans la presse. 

Les 4 « plus grand  » windsurfers et les 4 surfers de l’histoire pour toi ?

Pour moi la palme revient à Jason Polakow pour sa lecture de vague parfaite et sa fluidité. Il a apporté un nouveau style de surf, efficacement épaulé par ses Strapper (la marque de ses customs de l’époque). Il a détrôné le style bûcheron de Robby Naish qui faisait autorité, et on a découvert une autre manière d’honorer les vagues. Ensuite, j’ai une tendresse particulière, pour l’homme caoutchouc, Mark Angulo. J’adorais son style décontracté en apparence et pourtant furieusement engagé. Bien évidemment Robby Naish pour sa longévité et Antoine Albeau parce qu’il est français, qu’il a fait un parcours remarquable et qu’il est grand aussi.

En surf, Je n’ai ni grandi dans la culture surf ni baigné dans la musique des Beach boys. Ma légitimité s’il y en a une, ne peut venir que de mon implication dans mon travail alors la vision que j’ai des stars du surf est de l’ordre du ressenti. En numéro un, Kelly Slater est incontournable il est bluffant à son âge, il continue sa progression, se remet en question et score comme un fou ! C’est un putain d’exemple, à l’image de Rossi en Moto GP. Pourtant de tous ceux qui sont passés par mon atelier, il est celui qui m’a scotché ! Il était tout bonnement incapable de me dire ce qu’il avait sous les pieds ?! Hormis la longueur, éventuellement la largeur, il ne connaissait strictement rien de ses boards et s’en remettait entièrement à son Shaper. « Quand j’ai besoin d’une board, je demande à Al (Merrick) fait moi une 6’2” » Son génie est ailleurs…

Ensuite Gerry Lopez pour sa classe naturelle, cette manière d’occuper l’espace et cette élégance du geste. Aussi Joël Tudor également pour la beauté du geste et du style. Et enfin, Patricia Rossi. Parce qu’elle a une volonté et un courage qui force le respect. Et puis elle en a tordu des mecs, il doivent même s’en souvenir aujourd’hui encore !!! Un petit bout de gamine tout juste débarquée seule de Tahiti que j’ai rencontrée à Lacanau pour une compétition. Un caractère en acier trempé mais encore un bébé jouant avec des Kinder surprise dans l’attente de son heat. On a fait un bon bout de chemin ensemble, elle avait tout ce qu’il fallait pour arriver au plus haut de la boîte mais pas l’aide à laquelle elle pouvait prétendre.

Yann Sorlut AKA Zorglub, à propos de ses Wave’s, et du tricks qui l’a propulsé dans une double page avec un monstrueux Crazy Pete balancé en switch stance, fin 90.
« On s’est un perdu de vue avec François mais dans le début des années 2000 c’était un passionné de la vie, des planches, et des évolutions. Il aimait bien débattre sur tous les sujets et en connaissait un rayon sur tous les sujets. Je pense qu’il aurait du avoir plus de reconnaissance car pour moi il avait du flair sur les évolutions( planche courte et large, réduction de l’épaisseur, planche à double scoop etc…) Ce tricks je l’avais fait en 5,3 et 65l ( pété ma 4,7 et ma grosse planche) avec 7 points de sutures au genoux… J’ai arreté depuis« 
François : "Je suis avec Kelly Slater entrain de lui présenter une planche en sandwich pour qu'il l'essaye"
François : « Je suis avec Kelly Slater entrain de lui présenter une planche en sandwich pour qu’il l’essaye »

Comment « vois » tu la situation actuelle du windsurf par rapport à ton « époque » ?

Au tout début des années 80, la ligne éditoriale de la presse spécialisée Windsurf était un parfait équilibre entre les différentes composantes des pratiquants, chacun pouvait y trouver son bonheur. D’un côté les débutants avec des articles sur le matériel leur correspondant ainsi que des destinations adaptées à leur pratique occasionnelle, bien souvent de vacances, et de l’autre, le rêve hawaiien, les vagues, les planches qui sautent dans tous les coins de l’image pour les bons ou en devenir, bref c’était des canards intelligents. Ça n’a pas duré. Assez vite la presse a emboîté le pas sur l’industrie de la planche à voile, orientant délibérément son marché vers une pratique élitiste. A moins que ce ne soit l’inverse, l’industrie, à la lecture des magasines, pensait qu’il fallait suivre le chemin indiqué par la presse. Difficile à dire, mais toujours est-il que ce fût une erreur irréparable. Ce binôme est indissociable dans leur responsabilité du déclin du Windsurf.

Dans la moitié des années 80, les shapers français, alors une bonne quarantaine, sont devenus gênants pour l’industrie, car ils représentaient l’image du rêve absolu, la pointe de la pyramide, une part de marché qu’il leur était inconcevable d’abandonner. Alors que la communication de la série pointait sans vergogne ses canons sur la soit disante fragilité du custom, et le coté aléatoire de la qualité du shape, Wind Mag s’est aventuré à dépouiller une BIC pour en vérifier la conformité du contenu par rapport à ce qui était mis en avant dans la pub. Il s’est tellement fait secouer qu’il a fait machine arrière et la tentative d’honnêteté intellectuelle est morte au combat. La presse française est rentrée dans le rang. Elle ne jurait plus que par la compétition, les planches de plus en plus radicales et Hawaii. Nous en avons profité par rebond mais, on ne peut pas parler d’une politique bienveillante à notre égard. En effet, pendant des années, pas un seul custom français n’eut les honneurs de la couverture d’un des deux mags. En revanche Hightech et Angulo, shapers Hawaiiens, la squattaient quasi systématiquement chaque mois, Wind et Planchemag leurs déroulaient le tapis rouge sans qu’ils n’aient jamais rien demandé. (La presse surf n’a pas fait mieux avec Surf Session)… Cet état de fait a largement contribué à la légende de ces deux marques, certes prestigieuses, auprès des windsurfers hexagonaux.On en est arrivé à des situations ridicules ou l’on pouvait voir chez nous des asymétriques Hightech naviguer crânement en lac ou dans des spots orientés à l’opposé de leur shape.

Il aura fallu une dizaine d’années pour que cette presse se rende compte que les shapers français trustaient les plus hautes marches des podiums internationaux et qu’ils n’avaient surtout rien à envier à leurs homologues américains. Mais le mal était fait alors que techniquement et en inventivité, nous avions des longueurs d’avance. Certes nous avions pour nous consoler des tests customs mais là encore les comptes pouvaient se régler par testeurs interposés sous contrat coureurs ou prescripteur avec tel ou tel shaper. C’est comme ça que la marque Wave System de Jean-Louis Beghini a disparu des écrans radar après un test assassin, dégueulasse et totalement injustifié. Cette presse n’a jamais eu le recul nécessaire, ni l’intelligence de percevoir que la politique élitiste catastrophique des marques menait la planche à voile à sa perte. Elle aurait du avoir le rôle de lanceur d’alerte auprès des industriels plutôt que de se contenter de baiser la main qui remplissait les chèques des pages de pubs. Au contraire elle a collaboré au déclin par des éditos débilitants où seule une frange restreinte des pratiquants pouvait se retrouver, l’abandon des rubriques s’adressant à la base populaire des pratiquants sans grade. Ils n’étaient sans doute pas assez Rip Curl, pas assez Oxbow, ils naviguaient en été avec des bottillons en caoutchouc ou des sandalettes à lanières plastiques. Ils étaient “les blaireaux” (En référence à une couverture de Wind magazine titrant “Fuck the blaireaux”) mais ils étaient le socle de ce marché. Il faut avoir connu cette époque pour se rendre compte de ce que représentait la popularité de la planche à voile dans les années 80 et combien il était incroyablement stupide de les laisser sur le bord de la plage. C’étaient les familles qui partaient en vacances, une planche sur le toit dans les années 80.

Avec le manque d’offres de matériel pour débutants, on assista à un report des “blaireaux“ vers le VTT ou d’autres sports de vacances. Quand enfin les acteurs du massacre, dans un éclair de lucidité, s’en sont aperçu, toujours accrochés au pinceau, les finauds virent qu’ils avaient fait tomber l’échelle ! Maintenant nous avons le matos le plus génial, le plus facile pour débuter oui, mais la mode est passée, ce matos est arrivé trop tard, beaucoup trop tard. Plutôt que de consumer leur énergie dans la maîtrise de tous les segments du marché, les marques auraient bien été inspirées d’investir sur celui qu’elles maîtrisaient le mieux et pour lequel elles étaient légitimes, les débutants et les pratiquants moyens.

dave WIND FEV 94 TAM TAM REGION AQUITAINE

Quelle est l’avenir de la Glisse pour toi? Comment doit elle évoluer idéalement selon toi ?

La glisse est un des rares domaines où nous pouvons encore toucher du doigt le mot liberté et la ressentir physiquement. Elle est capable de prendre toutes sortes de forme, les idées germent encore pour inventer des nouveaux outils à plaisir. Moi qui suis quand même très versé dans les sports mécaniques et pas à une contradiction près, je n’ai jamais voulu toucher un jet ski, parce que la glisse c’est autre chose, il ne doit pas y avoir de trait d’union motorisé entre l’individu et la vague ou la pente, c’est un avis très personnel que je n’applique qu’à moi-même. Mais je pense que l’avenir de la glisse ne peut passer que par là, le plus de simplicité dans la relation avec l’élément.

Le surf en est l’exemple parfait. Un surfer, une planche, la vague. Surfing is here to stay ! Il résiste à tout ! Au lavage à 60°, à la chute du prix du baril de pétrole, à l’élection de Donald Trump et même à la vision du cul de Kim Kardashian.

Assez parlé bizness et glisse, parlons de toi un peu. Quelle est la journée type de François Pacou ? Enfin ta journée idéale… Le matin en te réveillant, es tu heureux?

Heureux je ne sais pas ce que c’est. Il y a des gens qui pensent que le bonheur n’est pas pour eux et qu’il vaut mieux le fuir avant qu’il ne se sauve, je fais partie de cette confrérie. Le bonheur ne peut être pour moi qu’un sentiment fugace lors de moments particuliers. En revanche, après un creux de vague énorme et des problèmes de santé, héritage de ma vie antérieure de shaper, je renais petit à petit avec des objectifs qui me donnent une bonne énergie tous les jours. C’est assez fantastique à mon âge canonique de sentir qu’il est encore possible d’apprendre et de progresser, certes de façon plus modeste et avec des objectifs différents, parce que les enjeux le sont eux également. Le maître mot est le plaisir, et l’envie de le déguster en le partageant. J’ai donné 30 ans de ma vie à ces passions que sont le shape et la pratique des sports associés. Elles m’ont nourri, je me suis régalé et je réalise vraiment le privilège que cela représente de vivre sa passion au quotidien malgré tous les difficultés que cela comporte parfois. J’ai essayé d’apporter ma pierre à l’édifice du mieux que je pouvais tel l’artisan que je suis. Maintenant j’ai toujours plein d’idées dans les cartons mais mon temps est ailleurs. J’apprendrai à mon fils Baptiste qui est passionné et dans le milieu, tout ce que je peux lui transmettre en terme de shape et ce sera bien.

En ce moment je dors moto, je pense moto, je mange moto, ça me tient en alerte. Le matin après un jus à l’extracteur, 1 h à 1h 30 de gym avec muscu d’entretien en alternance. Le reste de la journée se partage entre occupations nécessaires et préparation de ma saison 2017 en Coupe de France Promosport 125, recherche de sponsors et préparation mécanique. Cette saison 2017 qui est celle de mes 60 ans, je mets toutes les chances de mon côté. Après, je ne sais pas, la vie est un arbre plein de fruits.

Pau 1977
Pau 1977

Optimiste sur l’avenir de la planète ? 

Oui clairement, je n’imagine pas que notre planète aille plus avant dans cette manière de fonctionner. L’irresponsabilité assortie d’une injustice insupportable ont fait leur temps. Pour le moment le monde tourne sur un équilibre entretenu par le chaos, les guerres, le pillage de l’Afrique – ce grand producteur de richesses qui assure à l’occident la pérennité de son statut dominant. Il sappuie également sur le contrôle ou le démantèlement des états détenteurs des richesses fossiles, le maintien des populations dans une précarité servile solidement cadenassées par des règles de plus en plus contraignantes dont la sanction est basée sur ce qui leur fait le plus défaut: la ressource individuelle, le fric, avec la garantie d’encaissement complice de la gent en armes.

Cet équilibre fondé sur les déséquilibres freine toute progression de notre espèce et donc tout avenir parce qu’il favorise les intérêts d’une infime partie de la population arc-boutée sur ses acquis au détriment du reste du monde, passif et subissant alors qu’il est le premier producteur des richesses confisquées. Tout le monde a conscience de ce qui se joue mais certains font en sorte de l’étouffer à moins que cela ne leur soit directement profitable et les autres se débattent empêtrés dans un quotidien de plus en plus dur voire invivable. Mais, il y a plein de petits signes qui indiquent un mouvement de fond, une réelle prise de conscience que notre salut passe par nous-même et non par un maître quelconque. les choses s’organisent de la base, du cercle familial, du quartier…

J’ai également bon espoir que les religions reprennent, après leurs folles exacerbations auxquelles on assiste actuellement, la place qu’elles auraient toujours du avoir . Je veux dire, la quête intérieure, le djihad intime, la foi personnelle qui ne fait chier personne aux alentour.

On comprend bien que tout ça ne peut pas durer. Nous assistons depuis quelques années à une accélération, une sorte d’emballement qui indique clairement qu’il n’y a pas d’issue pour un monde comme ça. Le bon sens général doit primer sur les intérêts particuliers et nous devons impérativement aller vers une sorte d’harmonie, harmonie entre nous et avec notre environnement, sinon quel autre avenir que la fin notre espèce ?

La question piège: c’était mieux avant ou pas ?

Non. Pas forcement. Tout dépend de l’angle de vue en fait. Mais c’était clairement différent.

D’un point de vue windsurf, nous, ma génération, avons eu le grand bonheur de vivre la quasi genèse du windsurf d’avoir des pages vierges à remplir, des spots à découvrir, des standards à établir. Ce foisonnement était particulièrement jouissif. Quand il m’arrivait de partir en vacances, les derniers jours, ma tête avait déjà réintégré la salle de shape pour mettre en forme ce que j’avais ressenti ou imaginé. Il y avait une envie, un appétit, chacun était à l’affût de ce qu’allait pondre le voisin, non pas par jalousie de compétition mal placée, mais par l’émulation de la créativité. Là je parles des shapers. Maintenant, le monde du Windsurf ronronne sur les acquis, le temps des grandes révolutions est terminé, on peaufine, on chiade surtout le marketing pour grappiller quelques parts de marché sur le concurrent, rien de très excitant en somme. On peut juste apprécier que globalement, il n’y ait plus de nanard qui se glisse dans les productions.

François : "Photo de Galice avec mon fils sur le nez de la planche et on est sur mon premier petit fish qui était rouge à l'époque."
François : « Photo de Galice avec mon fils sur le nez de la planche et on est sur mon premier petit fish qui était rouge à l’époque. »

D’un point de vue plus général. J’imagine que chaque génération s’adapte à son époque à défaut de s’y sentir bien. La nôtre, la génération de mes 20 ans, bénéficiait des contre-coups de 68. Nous avions quelque part une idée forte de ce que voulait dire la liberté et la révolte, nous avions pour cela un avenir possible qui nous paraissait à porté de mains et lié à notre seule volonté. Nous avions également un quotidien bien moins anxiogène tout en ayant parfaitement conscience des limites de nos libertés et des risques à les enfreindre. Nous avions en nous cette capacité à la désobéissance quand nous le jugions nécessaire et légitime. Il faut dire que l’environnement dans lequel nous baignions que cela soit par nos lectures BD entre autres, ou certains de nos profs, ne nous conditionnait pas à la soumission mais à l’analyse, à la réflexion et au sens critique, choses qui semblent faire cruellement défaut à la génération actuelle.

Parle nous de ton travail photographique. Et Francois Pacou dans 10 ans ?

J’ai toujours fait de la photo plus ou moins assidûment, gamin je piquais le reflex de ma mère pour prendre des instants de vie ou des paysages, j’essayais des tas d’effets avec de l’huile sur la lentille. C’est un mode d’expression qui me convient bien. Ma préférence va à l’humain sous toutes ses formes, portraits ou activités. Le travail de studio ne m’intéresse pas, le travail sur une esthétique léchée n’est pas pour moi. J’aime l’instantanéité, celle qui délivre la personne et la révèle. Encore un métier passion mais que j’ai la possibilité d’exercer en dilettante. Je n’ai aucune envie de me battre pour imposer quoique ce soit ou vendre mon âme pour une photo. L’avantage que l’âge nous offre est de pouvoir cerner ce que l’on ne veux plus et de nous permettre le culot de dire non.

Dans 10 ans, je me vois bien poursuivre la restauration de vieilles motos, tenter enfin d’avoir la main verte pour cultiver mon potager, d’apprendre à faire la cuisine pour régaler les potes et la famille, peut être bien rouler encore sur piste si c’est encore d’actualité et taxer des gamins, comme ça, juste pour le kiff. Je n’écarte pas non plus d’aller prendre quelques vagues en longboard à,Parlementia aux beaux jours, passer du temps avec mes petits enfants s’ils arrivent un jour et voyager faire ce trip au Ladakh en Royal Enfield avec Pierry…

Je me rends compte qu’il va me falloir une autre vie !!!

1977
1977

François Pacou vu par un autre shaper de légende. Marco Copello.

« François comme bonhomme je ne l’ai pas bien connu, le problème principal étant la distance, on s’est vus quelques fois sur les salons et une seule fois chez lui à Anglet lorsque j’avais passé quelques semaines chez JL Leguigne. Le bonhomme que j’ai en mémoire  (Je demande votre indulgence pour toute erreur ou omission) était un gars nature, sans chichis et au franc parler, habité par la passion du surf et un style de vie en total accord avec sa passion. Ses shapes de surf, que je n’avais pas le moyen de juger, étant un blaireau dans le domaine, avaient une solide réputation d’efficacité et de comportement radical, caractère qu’il donnait d’ailleurs également à ses shapes de windsurf (Ce que pour le coup je peux confirmer…) l’aspect de ses planches, surf ou wind, respirait de toutes façons une approche épurée, à la fois esthétique, harmonieuse et… radicale. Des beaux objets, qui donnaient des idées!…Sinon, nous n’avons pas beaucoup parlé des uns et des autres, François ne m’avait pas du tout l’air d’avoir un coté « commère », j’avais même l’impression que dès que ça commençait à prendre une tournure dans le genre, ça le gonflait plutôt… Pour les marques c’était autre chose, et il est vrai que leur attitude vis à vis des shapers dont elles se servaient, et les autres qu’elles redoutaient, n’était ni respectueuse, ni même correcte. Pour le peu dont je me souvienne, François n’était pas vraiment désireux de postuler ou simplement d’envisager une quelconque collaboration avec une marque de série, et, je me trompe peut être, mais j’avais l’impression qu’il fuyait cet univers comme la peste et qu’il était bien mieux à l’aise dans son monde de mousse synthétique et d’écume naturelle…

Marco »

David Bourroux - 1994
David Bourroux – 1994

Le Mot De La Fin Par Colin

« Ce qui ressort de toute l’expérience dont témoigne cette interview, c’est que la situation dans le monde de la glisse que je dépeins et critique depuis les débuts de So Rad Le Mag (et depuis bien avant d’ailleurs) ne date pas d’hier. Pourtant, malgré l’apparente stagnation du milieu quant à une évolution plus libre, plus ouverte, plus FUN, le contraire est plus que jamais possible.

Les idées sont là. Elles le sont depuis plus de trente ans. Il ne manque pas grand chose pour que les portes du monde de la glisse s’ouvrent de nouveaux aux pionniers, aux explorateurs, sans que ce ne soit plus le vague privilège d’un dentiste ou d’un commercial zélé tel que ça l’est à ce jour. Il faudrait peut être que les shops, qui sont les premiers touchés par cette « crise de l’élitisme », poussent les marques à vraiment changer leurs façons de faire monter la sauce à tout va. On pourrait également parler des consommateurs eux même et des pro-riders qui font trop souvent les affaires des marques, toujours plus avares, mais dans cette époque où l’individu à tendance à suivre le mouvement de masse tout en se nombrilisant, seuls les shops pourraient vraiment inverser la tendance. La presse spécialisée est depuis trop longtemps aux abonnés absents pour pouvoir agir et influer en quelque sorte que ce soit. Le terme presse est d’ailleurs terni par la notion de publi-reportage où les riders envoient bien souvent eux-même les articles gratuitement, faisant ainsi toujours plus de communication à zéro frais, aux marques qui les pseudo-soutiennent à grand coup de réductions avilissantes. Certains efforts sembleraient aller en ce sens, mais trop souvent, l’excuse du retour à la proximité, au plus propre, au plus durable est prétexte à une augmentation des marges, ou tout du moins de la somme finale que le pratiquant devra dépenser.

François montre aussi que l’on pouvait vivre sans renier à ses rêves, à ses croyances qu’elles quelles soient, tant que la passion est là. Beaucoup diront que ce n’est plus possible de nos jours. Je finirais juste en disant que c’est effectivement peut être un peu plus dur qu’avant mais que l’équipe même de So Rad Le Mag prouve que ce mode de vie, aller là où bon nous semble et voir ce qu’il se passe en poussant chaque chose au bout du bout, ça marche.

La preuve, bientôt trois ans après, nous sommes toujours là.

Colin »

Le wicked reporter Michel PERRIN (Tahitien pour les intimes ,futur rédac chef de TRIP SURF)  avait fait un article entier sur le windsurf en pays basque et ne s’etait pas trompé en mettant en double page François dans un bottom à Guethary !
Le wicked reporter Michel PERRIN (Tahitien pour les intimes ,futur rédac chef de TRIP SURF) avait fait un article entier sur le windsurf en pays basque et ne s’etait pas trompé en mettant en double page François dans un bottom à Guethary !

EXTRA BONUS

16176889_10154966718214911_1270326117_n

francois: "Ca c'est la tof que j'avais passé dans WIND en pub pour pouvoir avoir accès aux tests, c'était une tof du catalogue Oxbow avec Raoul Lequertier, mais Cazenave me l'avait passée pour ma pub.  A partir de là Wave's a eu de la "visibilité"
francois: « Ca c’est la tof que j’avais passé dans WIND en pub pour pouvoir avoir accès aux tests,
c’était une tof du catalogue Oxbow avec Raoul Lequertier

16359124_10154993107334539_1483748420_n 16359221_10154993107169539_1070236636_n

THE Squale
THE Squale
Backloop
François « Moi en Backloop en Normandie à Sciotot. »
16295335_10154993115249539_1828982312_n
Olivié « ma board du DEFI WIND 94 pour aller en Martinique je ne l’ai pas couru car je venais de péter un cable deux mois avant en STAPS et qu’il manquait un bateau et que donc en temps que « capitaine du TEAM GPE » j’avais donné ma place à Pedro JUSTINIEN a qui j’avais promis une place 6 mois auparavant quand on avait préparé le bordel avec Gregory VERNANT et WIND MAGAZINE »
16359112_10154993115224539_2078397763_n
Olivié « les deux dernières rasta que j’ai dans mon atelier, j’ai navigué avec celle de gauche de 94 a l’an 2000! celle de droite date de1993 (2m40) et fait halluciner Camille JUBAN qui l’aurait bien testée now . les deux sont des Dave BOURROUX design »
COUV WIND FEV 93
Olivié « COUV WIND FEVRIER 93 : la seule couverture de WIND du King DAVID de toute sa carriere ! Il venait de recevoir ses boards Wave’s et je l’avais intégré in extremis à un trip que je devais faire aux Grenadines avec Stephane Arfi comme reporter . On était en Novembre 92 et j’essayais vainement de me sortir du service militaire en Martinique en faisant le fou, j’ai réussi a être « libérable » un jour avant le départ du bateau mais ces chers militaires ne m’ont pas laissé partir tout de suite, j’ai loupé le trip et David a eu la couv’ avec une Wave’s… j’étais trop content pour lui ! …ce fut sa seule couv’ !!!!!!!! »
 Gilles CALVET savait que les bonnes boards de vagues étaient des WAVE’S pour les avoir vu en action pendant de nombreuses années lors de ses trip avec le king Dave et il avait bien sur demandé a Francois « pourquoi fais tu du Windsurf ? » dans un super article qu’il avait fait pour PLANCHE MAG
Gilles CALVET savait que les bonnes boards de vagues étaient des WAVE’S pour les avoir vu en action pendant de nombreuses années lors de ses trip avec le king Dave et il avait bien sur demandé a Francois « pourquoi fais tu du Windsurf ? » dans un super article qu’il avait fait pour PLANCHE MAG

David Bourroux DAVID WIND DEC JANV 95 Parlemetia05 Puerto rico 2 Puerto rico 3

le Génial Alexandre BRIES était le mentor et grand frère parisien de David et vendait des Wave’s dans son shop Parisien O’ZONE . Il prenait carrément des pleines pages de pub dans le magazine ! Yes ça c’etait du « frère » qui jouait le jeu !
le Génial Alexandre BRIES était le mentor et grand frère parisien de David et vendait des Wave’s dans son shop Parisien O’ZONE . Il prenait carrément des pleines pages de pub dans le magazine ! Yes ça c’etait du « frère » qui jouait le jeu !
Si j’avais loupé le trip aux Grenadines et donné ma place à David j’avais au moins dessiné la carte du trip et j’etais doublement content car l’on voyait bien le Logo WAVE’S sur toute les tofs . On avait discuté des heures avec Dave pour savoir où mettre les stickers pour que l’on les voit bien sur chaque photo !! la preuve en image ….krkrkrkr
Si j’avais loupé le trip aux Grenadines et donné ma place à David j’avais au moins dessiné la carte du trip et j’etais doublement content car l’on voyait bien le Logo WAVE’S sur toute les tofs . On avait discuté des heures avec Dave pour savoir où mettre les stickers pour que l’on les voit bien sur chaque photo !! la preuve en image ….krkrkrkr

Pages

5 Comments

  1. krafft bertrand
    2 février 2017
    Reply

    bravo pour cet article et cette vie de shape wave’s ! … un beau message au final pour le futur …
    bbr.

  2. Romain
    3 février 2017
    Reply

    Super article, merci beaucoup j’ai passe un excellent a le lire.

  3. MomoTriste75015
    27 février 2017
    Reply

    Incroyable ! Olivier Lafleur est toujours aussi frimeur et toujours prêt à tirer la couverture à lui, moi ceci, moi cela, Dave Bourroux a pris ma place aux Grenadines et bla bla bla, genre tout l’histoire du windsurf de guadeloupe est passé par moi. François Pacou est lui est un vrai pur et un honnête homme (en plus d’être un shapeur de talent), Lafleur est juste un bouffon.

    • admin
      27 février 2017
      Reply

      Bonjour MomoTriste75015,

      Je te remercie de ce commentaire qui démontre, une fois de plus, d’une belle preuve d’audace quant au fait de laisser un commentaire de la sorte, insultant et jalousement haineux, signé de son vrai patronyme. Une belle preuve que l’internet n’a pas gommé toute notion de courage.

      Si tu te baladais plus souvent entre nos lignes, tu saurais que l’insulte ici n’est guère considérée. Ici, on critique mais on construit, on se moque mais on développe, on accuse mais on s’amuse et ce toujours dans le plus grand respect de l’adversité.

      Insultez nous si vous le voulez, mais insultez nous avec finesse, c’est plus joli à lire.

      Reste néanmoins que nous n’avons pas du lire le même texte…

      Colin Hemet ou si tu préfères, RédacChefSoRaddu73

  4. Patrick LEJEUNE
    14 août 2017
    Reply

    Merci pour ce flashback et découverte d’un personnage qui a su rester fidèle a ses valeurs et vivre de ses passions (un vieux de la planche qui a commencé a 12 ans en 1982 sur une windsurfer dans la baie de Singapour et jamais décroché depuis … sans décoller non-plus … et malheureusement bien incapable donner des indications à un shaper pour me faire faire une planche ;-)).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *