SO RAD EN BALADE AU PAYS DES MERVEILLES – GENÈSE

texte et photos by Colin

 » Bon frèr’eau quand est-ce que tu viens en Guadeloupe ? Y’a tout ce qu’il faut ici pour t’accueillir, tu n’auras à t’occuper de rien d’autre que de te gorger de good vibes créatives entre deux sessions !!! « 

Une invitation comme ça, c’est toujours très alléchant bien évidemment. Mais So Rad Le Mag n’étant pas côté à la bourse, et moi-même ne courant pas vraiment après l’argent et me contentant de très peu pour vivre – me consacrant corps et âme à ma prose, au flow et à la musique des mots – il n’est pas toujours évident d’investir la somme nécessaire à l’achat d’un billet d’avion, quand cette même somme me permet de vivre plusieurs mois.

Mais vie d’artiste rime souvent avec rencontres passionnées. Et Olivié Lafleur, l’Homme derrière la marque Taïnos Guadeloupe, fait partie de ces rencontres. Nous ne nous étions jamais rencontrés avant, mais une vibe artistique était présente et nous liais depuis le début de So Rad, et il ne fallut que très peu de temps avant qu’il ne me propose des articles et qu’il ne rentre pleinement dans ce qui devenait d’un coup un duo de choc. Il y a bien un troisième larron tapis dans l’ombre des niaoulis et des cyatheas, mais à ce jour, sa plume reste sèche. L’Histoire dira…

 » Frér’eau tu sais quoi, j’ai vendu pleins de T-shirts ces derniers mois. Ton billet, je te le paye. Je te sponsorise le voyage en tant qu’écrivain surfer. So Rad j’y crois à bloc et, je crois en ta plume. L’argent c’est pas fait pour être stocké alors hop, trouves toi un billet sur les ventes flashs et débarque dans les semaines qui suivent pour un mois. Un mois, c’est le minimum.  »

La vie hein…

Une dizaine de jours plus tard, j’embarquai dans l’avion et pris place coté hublot, juste derrière l’aile gauche, sourire vissé aux lèvres, légèrement éberlué par ce qu’il se passait et la tête débordante d’images de ce que j’imaginais de la Guadeloupe – à savoir pas grand chose vu que je ne m’y étais jamais rendu auparavant.

 » Bonjour, puis-je m’asseoir ici ?  » Moi, j’étais perdu dans mes pensées, fixant le bout de l’aile à travers les couches de verres et de plexis du hublot. Quelle ne fut pas ma surprise en entendant cette voix. Je plongeai ma tête dans sa nuque, l’enlaçai immédiatement, tremblant et riant sans vraiment réaliser ce qu’il se passait.

Elle était partie pour un an à l’autre bout du monde, vivre son aventure selon ses propres termes, ce qu’elle avait commencé à effleurer lors de nos dix premiers mois après une vie passée toute en retenue. Elle revenait de six mois passés en Tasmanie, bronzée, belle, pétillante et radieuse comme jamais. Je l’embrassai et ne pus plus me détacher d’elle. Ô Camille, ma douce Camille. Mes poumons brûlaient d’un feu intense, l’adrénaline giclait dans mes veines, mon cœur vibrait et si les hôtesses n’étaient pas venues nous décoller pour nous dire de nous attacher, nous aurions probablement passé les huit heures de vol enlacés ainsi. Nous sommes devenus les chouchous des dames de l’air, et les verres de champagne ne désemplirent pas de tout le voyage.

Arrivés à Pointe-à-Pitre, les hauts parleurs hurlèrent mon nom de l’instant où je posais un pied dans le hall où l’on récupère nos bagages. Je me dis qu’autant de bonheur et de joie se devait d’aller de paire avec une bonne galère et quelques heures passées avec les douanes. Mais ce n’était que mon sac, qui était parti avec le vol précédent et qui m’attendait sagement à l’accueil.

Olivié est arrivé, nous sommes montés en voiture et dans la tiède moiteur d’une fin de journée caribéenne, nous avons mis cap sur la Guadeloupe Proprement Dite AKA La Basse Terre et Matouba, dans les montagnes, là où Olivié habite. Une magnifique maison toute ouverte et tout en bois, qu’il a construit lui-même. Une maison d’artiste. Une maison où l’on se sent bien dès les premiers instants.

Après une première nuit sous une pluie battante délicieusement fouettée par un vent violent – l’on pourrait presque se croire en pleine mousson indonésienne – et un délicieux smoothie mêlant chocolat, gingembre et lait de coco, la première journée nous emmena sur Basse Terre, la capitale, et ses rues colorées, ses marchés aux milles senteurs éveillant mes sens endormis durant tout un hiver reclus dans mes montagnes savoyardes. Nous nous sommes garés devant Malaka, le magasin de T-shirts de Bruno, l’un des meilleurs potes d’Olivié. Bruno nous offrit le café. Un café turc. Un disque d’Arty Barkley tournait sur le 45 tour, une dame d’un certain âge et d’une élégance absolue demanda à se faire prendre en photo pour l’envoyer à son petit fils. Elle était belle dans ses tissus aux couleurs vives et parfaitement assorties à ses bijoux.

Responsable de toute la décoration intérieure – des posters, des tableaux, des dessins et des T-shirts peint à la main recouvrant les murs – Olivié y dessine chaque fois qu’il vient lui rendre visite. Trouvant peu d’inspiration dans les notes cuivrées du jazz instrumental, il leva le bras du tourne disque, fit courir ses doigts sur la collection de disques de Bruno et s’arrêta sur la pochette d’Uprising, album culte du grand Bob Marley et de ses Wailers. Les basses résonnèrent, Olivié monta le son et la rue entière se mit à vibrer du reggae. Les gens passaient, s’arrêtaient deux minutes, échangeaient deux pas de danse, se signant pour saluer la compagnie et bavarder un peu.

 

 » D’un homme pressé, n’est jamais sorti aucun jus !!!  » Voilà un motto que l’on pourrait suivre tout au long de ce mois. Tout au long d’une vie. Prendre le temps, vivre lentement. Ça on sait faire… L’on ne peut que se sentir bien dans une telle ambiance. Ici, le monde sourit. Les pointes des Posca’s déversaient leurs couleurs sur le papier. Un cœur, des courbes, des étoiles et des lignes qui se croisent. L’histoire de nos vies.

Je lus à voix haute les premières pages d’un bouquin qui traînait sur le comptoir. Le goût des Jeunes Filles de Dany Laferrière, l’écrivain Haïtien de l’Académie Française. Bruno lit beaucoup. Camille souriait.

Olivié accrocha son nouveau dessin au mur, Camille savoura son deuxième café turc, et nous partîmes faire un petit tour dans la ville, se payer des sandwichs au maquereau et à la morue, nous arrêtant à chaque coin de rue pour saluer une connaissance.

Nous sommes allés rendre visite au père d’Olivié, remarquable historien et fin jardinier. Il nous raconta le peuple Taïnos, les amérindiens des Caraïbes et de leurs guerres avec les Arawaks, un autre peuple et de comment les premiers allaient chercher des alliances avec les indigènes de Guyanne pour mieux se taper dessus au fil de l’Histoire qui précède l’arrivée de Christophe Colomb… Il nous raconta aussi comment leurs langages comprenaient une version féminine et une masculine, comme au Japon de nos jours. Prenez garde, si l’idée venait, à apprendre le langage qui correspond à votre sexe ou vous risqueriez d’attiser rires, moqueries et quolibets…

Les grains s’enchaînèrent, alternant tiède pluie battante et délicieux bains de soleil.

La journée se termina par une balade dans les plantations de bananes, et par une visite au coucher de soleil du petit cimetière de la famille d’un écrivain qui fût quelque peu connu, un moment intense de calme et de paix, déambulant silencieusement entre les tombes, abrités par l’ombre des acacias géant et vieux de plusieurs siècles, témoins silencieux de l’Histoire, encore empreint de l’odeur du meilleur café du monde – élu comme tel lors de la cinquième Exposition Universelle qui se tenait en 1900 à Paris.

La nuit gagnait du terrain sur le jour, et le décalage horaire commençait à sérieusement nous rattraper Camille et moi. Bruno nous rejoignit pour le dîner, nous préparant un taboulet délicieusement frais accompagné du classique Ti-Punch.

Les grenouilles se mirent à l’oeuvre, coassant et gazouillant au rythme de la pluie et du vent. Nous allons passer un mois sur place. Un mois dans ce qui me semble être idéal pour illustrer la définition de ce que peut être le Paradis.

Nous primes congé de notre hôte, et enlacés, sourires amoureusement posés sur nos lèvres, nous nous sommes endormis, bercés par les rythmes reggaes qui raisonnaient encore dans nos esprits…

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