Lulu & Jojo Dargent – X – So Rad En Balade Au Pays Des Merveilles

texte by Colin

Au cours de notre balade, au fil des sessions, guidés par la passion, nous rencontrons du monde, évoluant de près ou de loin dans la sphère glisse guadeloupéenne. Entre deux récits, entre deux pièces de vie, des portraits se dessinent et s’immiscent dans le magazine.

Alors, les coinçant entre deux rafales et avant qu’ils ne repartent à Paris pour leurs études de médecine, nous avons pu bavarder un peu avec deux des frangins de la Taïnos Family, Lulu et Jojo Dargent.

En 2014 lors de l’étape PWA de la Torche, nous étions sur la plage avec Thomas Traversa et Alex Mussolini à discuter de je ne sais plus trop quoi, une histoire de chiens probablement. Sur le chemin traversant les dunes, arrivait Francis Nogué, windsurfer et juge sur le circuit français, accompagné d’un jeune qui me semblait familier. C’était Johann Dargent, jeune espoir du windsurf guadeloupéen et que j’avais rencontré une première fois en 2010 lorsque je bossais dans le surfshop normand La Clinique De La Planche. Le championnat de France Jeune se déroulait alors à Ouistreham, et j’avais dû lui vendre du bout’ ainsi que deux trois pièces d’accastillage.

Depuis, son petit frère Lucas a pris le dessus en vitesse pure et c’est dans une confrontation purement fraternelle que les deux se tirent la bourre et ne cessent de pousser leurs performances vers les sommets, et ce dans tout ce qu’ils touchent, windsurf, surf, kitesurf, trails, études, et snapchat…

Jojo le Cho, Lulu Ti’Balaou et Olivié Taïnos – photo by Colin Hemet

Leur histoire d’amour avec la glisse commença très tôt, quand leur grand mère leur offrit un quiver complet Décathlon, une 3m2. Les deux frangins ne savaient pas encore nager et évoluaient sur les eaux tropicales des Caraïbes équipés de brassards. Ce n’est que plus tard, comme bien souvent, que la passion ne s’empara vraiment d’eux, en 2005. Et habitant à quelques 900 mètres du meilleur spot de slalom de toute la Guadeloupe, au Phare du Vieux Fort, illuminant de sa blanche lanterne le Canal des Saintes – lieu historique du windsurf en cette terre sacrée de la glisse et ayant vu débouler parmi les riders les plus rapides que l’ile n’ai jamais produite – c’est naturellement vers le slalom et la vitesse que se tournent les deux frangins, améliorant leurs temps au fil des sorties, défiant le vent et les éléments, jibant autour des baleines évoluant dans le canal et évitant les lignes de pêches trainant derrière les voiliers. Mais leur passion pour la glisse ne s’arrêta pas là, très vite ils rejoignirent les vagues et si Johann se jeta vite dans ses premières rotations, Lucas lui restera longtemps timide, et ce n’est qu’il y a quelques mois qu’il s’est enfin lancé sur une vague avec la ferme intention de réussir et de replaquer son premier forward loop, inspiré et boosté par la progression de deux jeunes tête blondes qu’ils ont vu grandir sur leurs spots guadeloupéens avant que ces dernier ne rejoignent les rivages glacés du Nord et des vagues Wissanaises des environs de Dunkerque. Les Foveaux. Coraline et Matthis. Retenez bien ces deux là, ils vont faire parler d’eux très très bientôt, et cela ira bien au delà de tout ce que peuvent apporter les réseaux sociaux.

Lucas la tête en bas

Et ainsi Lucas rejoignit le club très prisé des riders engagés, des mecs qui envoient des rotations sans rien lâcher. Il pourra rejoindre son frère sur les listes noires des loueurs de matériels. Comme lors d’un récent trip aux iles Canaries par exemple. Le manager du Club René Egli, à Fuerteventura, refusa de passer à Johann les boards haut de gamme qu’il proposait à un prix pourtant fort élevé, fit la sourde oreille quant au fait de reconnaître l’assurance qu’il avait souscrite et lui proposa du matériel bas de gamme qui ne lui aurait pas permis d’exprimer tout l’ampleur de son talent. Un dernier goyter et un front dans trop peu d’eau plus tard, Il fracassait sa planche et Johann se retrouva pour de bon sur liste noire. Il conte cette histoire sourire aux lèvres, dans le jardin d’Olivié et à l’ombre d’un toit de tôle posé sur une charpente en bois local.

Johann avant de fracasser une enième board

Nous nous sommes retrouvé chez le Boss de Taïnos, leur grand frère spirituel et sponsor de longue date, pour discuter, parler de tout et de rien, de windsurf, de voyage et de leurs études. Avant qu’ils ne rejoignent les eaux fraiche du Nord et de la Bretagne, on leur disait que si l’on savait naviguer dans le Canal, on savait naviguer partout. Mais la réalité fut toute autre ,me dirent les deux frangins. L’équation posée par le Canal Gang oubliait une donnée importante, celle du froid vivant, du froid brisant et glaçant chacune de leurs sorties. Ils ont depuis adopté chaussons et bonnet, ne pouvant se priver des quelques rares sorties que leurs études leur permettent. Trouvant moyen de s’évader le temps de quelques journées dorées entre deux cours à la fac de médecine, justifiant de quelques importantes et imaginaires affaires familiales pour s’engouffrer sans bagage dans un avion, les deux frères rejoignent dès qu’ils le peuvent leurs eaux turquoises et le plaisir dément de naviguer en short et en T-shirt, sans craindre l’onglée violente du vieux continent.

photo by Colin

Olivié nous proposa quelques cacahuètes et pistaches. Les frangins refusèrent poliment. Je leur demandai si leur statut de sportifs accomplis leur imposait un régime stricte. Ils se marrèrent en évoquant les temples de la junk-food qu’ils écument à chaque compétition, arguant pour s’y rendre de l’internet mis à disposition gratuitement. Olivié, en bon coach, s’y voyait trainé de force, lui qui prête une attention toute particulière à son alimentation. Ce que les jeunes veulent…

A Paris, ils se trouvent respectivement en cinquième et sixième année de médecine. De nos jours le windsurf ne fait plus vivre. Alors pour continuer confortablement leur passion, c’est vers de longues études qu’ils se sont tournés. D’ici une bonne année, ils pourront retrouver leur île pour leur internat. Pour le moment, ils ne savent pas encore quelles spécialités ils choisiront. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne tiendront pas longtemps dans la capitale. Comment les en blâmer, tout y est gris alors qu’ils ont grandis dans un paradis de couleurs et de senteurs parfumées.

Johann sous le regard du Phare du Vieux Fort

La discussion dérape sur la presse spécialisée. Johann me demande quel est l’avenir pour So Rad Le Mag, si je veux un jour passer en format papier. Ils n’achètent plus de magazine depuis quelques temps maintenant. Et ils l’on regretté la dernière fois qu’ils l’ont fait. Vide de contenu, les publicités se mêlant presque sans transitions avec les publi-reportages. Pour eux, comme pour la majeure partie des personnes que je croise depuis quelques années, la presse glisse française est morte de tout intérêt. De même que le professionnalisme dans le windsurf en a pris un coup au fil des années, la frontière entre le rider pro et celui amateur ayant été gommé jusqu’à en être réduite à néant. L’engagement sportif demandé s’est amenuisé de contests en compétition. Et regarder maintenant une course de slalom est devenue aussi soporifique qu’un match de curling, lorsqu’il y a quelques années encore, les courses se déroulaient au milieu d’une mer déchaînée, les riders devant passer à travers les séries de déferlantes pour atteindre les bouées… Tristesse et facilité.

Vidéo bien rad d’une sacrée session avec Lulu à l’edit’ – le bougre s’amuse aussi derrière la table de montage d’un film aussi. . . vous avez dit inspiré ?

La journée suivit son cours, la famille Dargent devait recevoir des invités et les frangins étaient attendus. Rendez-vous était pris au lendemain matin pour une dernière session au Phare avant qu’ils ne sautent dans l’avion. Lucas y améliorera encore son record de vitesse, culminant à plus de 40 nœuds en vitesse de pointe sur le plan d’eau agité du Canal des Saintes. L’heure tournait en même temps que la nuit s’affaissait, les chants grégoriens résonnaient dans le sound-system d’Olivié et les grenouilles, sentant la fraicheur du soir envahir l’humidité ambiante se mirent à chanter.

So Rad En Balade Au Pays Des Merveilles – Genèse

Lulu Ti’Balaou – photo by Colin Hemet
photo by Colin Hemet
photo by Colin Hemet
photo by Colin Hemet

Lucas, Yves le Patriarche et Johann.

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Un commentaire

  1. organicus
    18 avril 2017
    Reply

    LUPULUS + SORAD une collaboration d’avenir !

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