NO ESCAPE LANE

Subtil ruissellement, sinueux cheminement de la rosée entre les aspérités goudronnées. Une fourmi traverse le désert noir en portant une miette de biscotte. La miette fais trois fois sa taille mais l’insecte est vaillant. C’est sa mission. Elle n’a jamais failli à son devoir. Et brandissant fièrement son graal, le brave hérault du Microcosme s’avance en Pays Géant, et se jette au cœur de cette immensité sombrement concassée, impitoyablement étalée comme l’on passe et repasse sa lame sur une tartine insuffisamment beurrée.

La rivière asphaltée s’éveille, encore jeune et fraîche d’une nuit passée sous les étoiles. Elle inspire et expire, lente respiration suivant le rythme dicté par les premiers rayons du soleil. Dans un timide souffle, elle chasse les dernières subtilités nocturnes et laisse des volutes de vapeurs s’élever, s’effiler avec légèreté et déposant, entre deux brises de printemps, un parfum âcrement fumé et chargé des rêves de mille et deux nuits. Un faible râle s’élève et disparaît avec la brume de l’aube naissante. Le soleil se lève et avec lui, fidèles compagnons des débuts de son ascension, le chant des oiseaux lève-tôt.

Sous les premières lueurs du jour la route s’étire et s’étend, salue la forêt de pins, de sapins et d’épicéas qu’elle traverse. Un cerf pose ses sabots avec prudence et diligence sur la noire surface de la rivière maudite. Celle où la mort te fauche sans crier garde. Cette rivière figée où, à tout moment, le glas peut sonner. Il sait qu’à cette heure ci, il n’y pas de danger. La Terreur ne rôde pas. Elle digère dans un coin, endormie, avachie dans un lit de racines et de feuilles mortes, à cuver sa ration de lézards et de rats, de blaireaux et de chouettes effraies qui composaient le festin de la nuit dernière. La Faucheuse était à quelques secondes de récupérer un émincé de joues humaines servi sur son lit de cervelle et de verres pilés, mais se rendant compte de l’état dans lequel il s’apprêtait à prendre le volant, un jeune journaliste avait préféré passer la nuit dans sa voiture. Tout est calme. Le cerf scrute, immobile, la prunelle de ses yeux analysant chaque détail, prêt à détaler si une quelconque menace venait à se montrer. Il voit une petite miette de pain avancer vers lui et finir de traverser la rivière interdite. Il s’en inquiète et préfère s’éloigner à pas léger, la pupille tremblante.

La route est belle aujourd’hui. Maquillage naturel simplement inspiré des couleurs du matin. Séduisante. Jouant de ses courbes prononcées, elle aguiche et attire l’œil. Quelques rares plaques de neige gisent ici et là, agonisant lentement mais survivant avec dignité, tapies dans la pénombre des grands arbres et rafraîchissant l’atmosphère qui l’entoure. Elle se sent fébrile en ce début de matinée, brûlante même, comme possédée d’une fièvre passionnée. Elle sait faire naître en quiconque pose son regard sur elle, une multitude de désirs jusqu’alors enfouis. Ils arrivent. Elle le sait. Elle le sent venir, au fil des langoureuses vibrations frémissant dans l’espace vent. Un souffle d’air délicieusement tiède parcoure ses flancs. Elle attend. Sa parure est sèche, la faible bise aura chassé les dernières feuilles mortes. Seuls quelques gravillons viennent rappeler son impétueuse impureté juvénile par son acné de goudron. Elle est belle. Elle l’attend. Son plus grand frisson. Un frisson exquis, éternellement paré de son instantanéité. Elle le sent descendre. Un frémissement d’abord. À peine perceptible, léger comme l’air de ces courants ascendants sur lequel s’appuient aigles et autres rapaces afin de franchir les montagnes. Elle se sentirait capable de les franchir à son tour. Une caresse ensuite. Des premiers frémissement la voilà tremblante, elle vibre, elle le sent venir. Elle se tord, se contorsionne. Sinueuses courbes se jouant de l’implacable verticalité des pentes où elle se dessine. La paume d’une main se pose et la frôle. Courbes lisses, tout en glisse, ils sont là. La gomme caresse le sol, désir bitumeux, fendant l’air ils descendent. Elle tremble. Étreinte passionnée, sur le fil permanent d’un cruel baiser. Interdite quête charnelle se baladant passionnément entre les lignes blanches. Lascivement, langoureusement, elle s’abandonne totalement à ses amants, bercée par le son des roulements. Sur l’enrobé la gomme se déchire, stigmates désirées de cette orgasmique descente, signant l’œuvre de l’amant surfer d’asphalte comme d’une plume d’oie parcourant la peau de ses frôlements et laissant les frissons résonner sous l’épiderme. Embrasser la déraison, les doigts se plongent dans la chair et les roues de laisser dans leurs sillages de douces griffures en amorce de chaque ligne de sa pulpeuse et langoureuse compagne d’un ride, imprimant blanc sur noir sensuellement d’inlassables témoins du Plaisir. Éreintante étreinte.

crédit photo : Colin Hemet

Et ainsi adoubé de sa grâce par cette bande de jeunes riders sans peur ni reproche, apaisée, comblée, la belle s’ouvre au monde enchanté d’une nouvelle journée. Une journée de plus. Sur le côté de la route, avance une petite fourmi. Chaque être trouve son graal là où il se complaît. C’est un bout de madeleine au chocolat, porté à bout de pattes, pour une petite fourmi. Et de dynamiques lignes, un amour aussi intense que furtif, s’entrelaçant dans ses propres courbes, pour la D666.

Dans le bas lointain résonnent les rires et l’écho d’une bande de joyeux longboarders, ils s’appellent Marjorie (24 ans, Vice championne de France), Anne (24 ans, Championne de France) et Lyde (24 ans, Championne d’Europe), Gaétan (18 ans, Troisième junior en coupe de France), Lucas (23 ans, troisième en coupe de France), Yanis (19 ans, Triple champion de France) et Augustin (21 ans, l’œil derrière AJ media).
Individuellement, ils vont et viennent entre le lycée, les études et les soirées, font leurs vies en famille et entre amis. Ensemble, ils sont Entre Couzs, l’équipe la plus folle de ce qui se fait dans le milieu du longboard skate et leur histoire ne fait que commencer. Retrouvez les sur les pages web du Carnet de Route de Roaditude.

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