SO RAD EN BALADE X SKATEROCK

Je suis étendu dans le canapé, dans la cabane qui héberge mes pensées, perdu au milieu de la montagne, loin de tout, près de l’essentiel. Tout va bien, mais ce n’est pas grave. Cette phrase absurde, extraite du court métrage Crawl Palabras, prend tout son sens. La quête de  sobre simplicité m’avait complètement séduit, au point où Léo le « stagiaire » risque fort de transformer son essai et rejoindre pour de bon les rangs désordonnés de So Rad Le Mag. Tout va bien mais ce n’est pas grave. Mon esprit divague, emporté par la grunge music des Sleaford Mods. Un enregistrement live d’une qualité approximative, cela va de soi. Authentique, ce joli mot. Tout va bien et je ne m’en excuserai pas. Voilà qui sonne bien aussi. Tout va bien mais on s’en fout. C’est peut être comme ça que les skateboarders pensent aussi. Léo est un bon skateboarder. Il y a peut être un lien.

Le week-end que je viens de passer m’inspire ces pensées. Tout va pour le mieux et on vous emmerde. À Chamrousse se tenait le SKATEROCK. Un contest dans le plus pur esprit Cash For Tricks. Tout va bien et ça ne coûte rien. L’attitude punk rock de ces riders demeure. Le métal, le punk, le hard rock et le grunge gueulent hors des enceintes depuis le début d’après midi jusqu’au milieu de la nuit, couvrant sans peine le bruit des roulements et des entrechoquements de métal, des claquements de tails sur le béton et du bruit des os qui s’écrasent au sol avec force et fracas. Tout va bien et ça ne fait pas mal. Entre deux hurlements de basse et riffs saturés de guitare, le chanteur des Sacs à Gnole – des punks grenoblois – refuse le cachet de la soirée et annonce une tournée générale avec la somme qui était sensée leur être allouée. Tout va bien et ça donne soif. L’affiche de l’évènement annonçait que la bière serait bonne, fraiche, et peu chère. Aucune publicité mensongère ici. La bière n’est pas chère, mais fraîche et même Furieuse-ment bonne. Un jour les brasseries locales sauveront le monde.

Une, deux, trois, quatre tentatives, le compte a fini par m’échapper entre deux prises d’images. Un gars nommé Eliot doit s’y reprendre à presque dix reprises avant de réussir le transfert qui le propulse dans le bowl. Ce genre de piscine aux formes délirantes et prononcées, vide de tout élément liquide, où s’élancent, au simple nom du Fun, des filles et des gars, skateboards sous les pieds. La foule gueule, la bière vole, les camarades skateboarders frappent leurs planches sur n’importe quelle surface du moment que cela fait un maximum de bordel. Un autre, Jojo, enchaine les smith grinds et autre nose blunts quand il ne saute pas au dessus d’un collègue pour entrer dans un ballet de courbes raides et de lignes engagées. Dylan décolle sur chaque hip qu’il trouve. Il grabe, tourne, retombe sur ses roues quasi-systématiquement. Des bouts de peau, de chair, s’envolent dans les airs. Quelques gouttes de sang perlent ici et là.

Tout va bien mais ce n’est pas grave. Skateboarding is not a crime, la trottinette si. Les panneaux à l’entrée du park s’en portent gardien et garantissent le maintien du style, refus de tout compromis, renvoyant les sirènes du biz se faire mettre là où les néons les appellent. Un groupe de « punk hardcore voyou » dénonce les J-O qui s’accaparent l’image du skate pour faire rajeunir leur public. « Ils font ce qu’il veulent, on s’en fout, on n’a jamais eu besoin d’eux pour s’éclater et se faire des soirées de folies ». Les ballons de lumière illuminent le park au coeur de la nuit. Des ombres filent et défilent sur le ciment du bowl de Chamrousse. Les dernières notes de musique n’achèvent pas la fin de la soirée et les bruits de skate frappant le sol prennent le pas sur le rythme effréné de la batterie. Douce mélodie qui berce nos oreilles, je sais que je me suis endormi ainsi, sourire aux lèvres. Je me réveille, étendu dans mon canapé, au milieu de la silencieuse montagne, et perdu dans mes pensées. À mes oreilles entre deux silencieux instants, résonne encore le délirant écho de ce week-end passé.

Texte et photos : Colin Hemet
La galerie complète sur FB

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