/ / / P h o t o g r a p h i e  a r g e n t i q u e : M a t h i e u  e t  F a n n y / / / / t e x t e : C o l i n  H e m e t / / /

Souvenez vous l’été dernier, toute fin juillet. Sur le littoral breton se déroulait la Beach And Bar Party, à Audierne. Trois jours de musique, de sourires, de fête et de surf.

J’y sympathisai avec mister MamGoz Production AKA Mathieu Jonneaux, le photographe et cameraman de l’événement. Une crème de type dans un corps d’ours des Carpates, l’œil sensible aux belles couleurs et l’index tressaillant, prêt à capturer chaque instant.

Le dernier post que je publiai sur So Rad en fin d’automne, quelques temps avant qu’Olivié ne m’envoie l’interview de François Pacou, mettait les lecteurs en garde face au ralentissement de l’activité éditoriale du laboratoire de la culture glisse. Au moins le temps d’un hiver, le temps de passer les mois blancs perdu dans la montagne, dans un chalet où l’internet ne fait pas partie du nécessaire à la survie lorsque l’on vit dans un coin isolé, l’un de ces rares bastions du monde où la 4g n’est pas invitée, un bout d’univers où le silence va de pair avec l’absence d’ondes. La source d’eau se situe à une dizaine de mètres de la cabane, la forêt environnante procure le bois de chauffage et le Soleil offre l’électricité pour recharger appareil photo et ordinateur, seuls apparats modernes et indispensables pour suivre cette quête créative dans laquelle je me suis jeté corps et âme en choisissant cette existence chargée de rêves, de balades et de sourires.

Début février, je reçu un message venant d’un numéro qui ne faisait pas partie de mon répertoire. « On doit être sur Lyon dans quelques jours, si tu veux on passe te voir dans ta cabane. Tiens nous au jus si tu es dispos et si tu as besoin qu’on te ramène quelque chose ! La bise mec ».

C’était ce bon Mathieu Jonneaux et sa douce et tendre moitié, Fanny, photographe elle aussi.

Quelques messages plus tard, rendez vous était pris pour un mercredi matin. Ils passeraient la journée et repartiraient avant la tombée de la nuit pour retourner vers Lyon, sa frénésie, et ses lumières.

Ils sont arrivés, les capsules de bières ont sauté et les premiers déclencheurs se sont fait entendre. L’appareil photo en bandoulière, nous devisions sous un soleil de plomb. Toute la neige avait déjà fondu. Seuls quelques maigres plaques blanches et aveuglantes gisaient encore ici et là, sur l’est, à la lisière de la forêt. Les retrouvailles et présentations nous demandèrent deux petites heures, Mathieu et Fanny étant accompagnés de Nicolas, sympathique rasta breton venu prendre l’air et quelques gamma gt, perché en altitude. Deux saucissons, quelques mousses de plus et un gratin de crozets accompagné de son gigot de cerf contrebandé fini par conclure l’instant.

Une petite balade digestive nous emmena vers la vertigineuse falaise qui surplombe la vallée gisant quelques neuf cent mètres de dénivelé en aval. Et la discussion s’orienta sur le projet de film dont Mathieu m’avait parlé plus tôt.

Bientôt, ils retourneront en Irlande accompagnés de toute une bande de riders. Des riders venant de tous horizons. Du waveski au surf, du stand up paddle au windsurf, du bodysurf au kitesurf. Un film mêlant les différentes visions d’une même passion. Celle de la vague. Le projet idéal pour nous séduire. Parmi les noms qu’il me cite, Benoit Carpentier, l’un des meilleurs longboarder et SUPer français, cumulant les podiums et les titres, il y a aussi le double champion du monde de waveski, Virgile Humbert et également Philippe Mesmeur, troisième français en 2016 sur le Rip Curl Windsurfing Pro Tour et déjà grand habitué des gros swells irlandais. L’équipe compte une petite dizaine de lascars au total.

Le film sera conçu pour être présenté en cinéma et en festival me dit Mathieu. Les ambitions sont de faire autre chose qu’un clip Youtube de plus, de faire un film qui marque, qui reste ancré dans les mémoires et survive au flot permanent d’images déversées par le vomissement avilissant de la Glisse 2.0 et de ses go pro. Et pour ça, il faut plus que des lignes de spray déchirant la crête des vagues et qu’un défilement d’athlètes aux corps sculptés par les embruns. Fanny est dotée d’un délicieux regard se délectant des paysages qui passent sous ses pupilles, douée d’un sens artistique aiguë, les décors irlandais rendront hommage à son talent.

« Le dernier film de John John Florence, View From A Blue Moon, tu l’as vu ? Il est magnifique, c’est une belle source d’inspiration pour notre travail. Voilà, nous on va faire ce film, raconter l’histoire de ce groupe de riders qui découvre l’Irlande et son incroyable variété de paysages. On va raconter la vie de communauté, les relations qui se créent entre des personnes qui ne se connaissent pas forcément avant ce voyage. Les paysages et la beauté de l’Irlande passeront avant le surf et la performance. On recherche quelque chose de plus contemplatif. Par contre avec le crew qu’on a, les parties d’actions, ça va envoyer du pâté Hénaff. Les mecs tapent fort tu vois ?! Ce sont des artistes qui jouent et sculptent les déferlantes avec finesse »

Quand je repense aux dernières fois où je voyais Philou Mesmeur naviguer, je me dis qu’il ferait un excellent sculpteur de bois à la tronçonneuse. Il est vrai qu’une certaine notion de beauté émane de la violence et de la puissance des courbes qu’il dessine sur la face des vagues…

Oui, les images d’actions devraient être assez frappantes.

Ce n’est pas la première fois que Mathieu s’investit pour le cinéma. Il y a trois ans, il avait déjà réalisé et projeté dans les salles sombres un film de surf, 6 pm. Il avait rencontré un joli succès. Le film parlait des sessions d’après boulot, des sessions de fin de journée, l’heure de liberté, l’exutoire délivré, avant que le soleil ne disparaisse et que la vie moderne ne reprenne les rênes.

Les pieds au dessus du vide, je titille Mathieu et Fanny sur les secrets spots qu’ils vont trouver, surfer et filmer. Ils n’allaient peut être pas se faire que des amis. Mais aucun risque la dessus, le film ne se présente pas comme la version pellicule du fameux guide des spots, le Storm Rider Guide. L’idée n’est pas de pointer le doigt sur une carte mais bien d’attiser l’envie de découvrir de nouveaux horizons, d’attiser le désir de quitter sa zone de confort et ses habitudes, en prenant la route vers le moins connu.

En plus du film, Mathieu et Fanny prévoient un livre. Un album photo de leurs plus beaux clichés lors du périple. Leur perfectionnisme me frappe à nouveau. Dans leur propre quête d’authenticité, ils shootent à l’ancienne, avec des pellicules argentiques qu’ils développent eux même. Les photos seront ensuite numérisées pour l’ouvrage. Fanny me raconte leur choix d’utiliser ce mode de capture sur ce trip. L’argentique permet de contrôler l’intégralité de la réalisation d’une photo. De la réflexion et quête artistique du moment de la prise, jusque dans le développement des négatifs où tu peux contrôler chaque contraste et couleur. De plus, l’on perd vite le goût de la photo, au sens art du terme, avec le numérique. Sa spontanéité, son action dans l’instant et tout ce qui en fait, tout de même, son atout principal, font aussi sa plus grande faiblesse. C’est un peu comme le reste des évolutions humaines en matière de divertissement, puisque l’art rentre dans cette case. L’on zappe, l’on fait défiler, l’on voit sans regarder. Avec le numérique, on ne regarde même plus le paysage, on ne fait que mitrailler, consommer, sans savourer l’exquise réalité qui se trouve sous ses propres yeux. Ce livre, les images qui en ressortiront, tout aura été fait en prenant le temps, en se délectant de chaque instant.

Le projet s’appelle FÁILTE. Et à l’automne prochain, on ira faire un tour avec eux, ce sera une belle balade irlandaise. Et puis quelques mois plus tard, dans l’année 2018, viendra le moment des projections, des expos photos et des conférences entre deux apéros (on sera probablement là aussi du coup…). Plus qu’une projection cinéma, FÁILTE se veut comme un petit moment de plaisir et de détente. Ce n’est pas pour rien qu’en gaélique, ce mot signifie tout simplement, « Bienvenue ».

Nous sommes rentrés de la promenade, la nuit finit par s’écrouler, l’écho des rires continua de tonner sur le plateau. Ils n’étaient finalement pas repartis pour Lyon. Ils passeront la nuit et repartiront le lendemain matin…

Ils restèrent deux nuits, partirent le troisième jour et, arrivés à Lyon, ils m’envoyèrent ce message. « Le retour à la ville, ça met une grosse claque après le week-end castor junior ! Merci pour ce séjour de dingue, on a vraiment kiffé, ça fait du bien de sortir du système et de se retrouver dans un coin comme chez toi. La bizette, on repassera c’est clair !!! »

Les pré-ventes

Fanny sur Instagram

Mathieu sur Instagram

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