OU DE LA REGRESSION ASSUMÉE

L’Indoor de France vient de se terminer dans une ambiance folle. La majorité des retours sont positifs quand ils ne sont pas exaltants d’exubérance sans aucune nuance. Pourtant le pari était loin d’être gagné. De nombreuses réserves, voir critiques allaient à l’encontre du projet de Fred Beauchène. Mais à l’issue de ce weekend, il peut se frotter les mains, le succès tant médias que public semble total. La planète windsurf célèbre l’événement de la Capitale, les réseaux sociaux croulent sous les félicitations aux riders, à l’organisateur, les rires se mêlent aux larmes de joies, bref, l’émotion est encore plus que palpable sur le web. Et les messages de pleuvoir dans ma boite mail « bah franchement c’était une pure ambiance, c’était génial !!! » Ah mais je n’en doute pas une seule seconde !

Sauf que justement, en ne se noyant pas dans le fan service de base, (qui consiste à s’extasier sur tout et n’importe quoi au nom de l’amour de quelque chose) on peut sérieusement se poser des questions sur le succès global de ces deux soirées parisiennes.

Est ce que les gens savent qu’ils applaudissent et célèbrent un sport qui fonce droit dans le mur ? Bientôt, les pro-riders vont s’emparer de pelles bien affutées, et ce ne sera pas pour creuser une nouvelle piscine…

Laissez nous vous expliquer.

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Célébrer l’age d’OR d’une époque qui a failli venir à bout du windsurf.

Les années 90, tous ceux qui ont connu cette époque seront d’accord pour dire que le matériel était devenu trop technique. Au point d’arrêter la planche par manques de moyens, par lassitude, par manque de temps aussi et souvent, devenant en manque de sensations fortes et 2000 arrivant, ils se mirent au kitesurf. C’est un fait, les 90’s ont plus fait de mal au sport qu’autre chose.

Depuis la planche à voile est passée deux dimensions plus haut, les simples loops de l’époque frisent le triple, de nouvelles figures sur des axes de rotations absolument improbables sont nées, à un Antoine Albeau près, les jeunes ont pris les rênes du sport.

Mais non, pour l’Indoor de France, le spectacle, rebondissant certes sur un ou deux coups d’éclats, reste le même.

Au menu, toujours le même depuis 25 ans, Robert fait toujours les mêmes sorties de piscines ridicules – faut que quelqu’un lui dise que c’est moche et qu’il risque de trouer sa combinaison à force de faire ses âneries – des fronts loops en veux tu en voilà, des réceptions toutes plus douteuses les unes que les autres… Triste spectacle pour un public (si jamais il y avait de véritables néophytes dans la salle – les autres savoureront aveuglément le remake du show de leur jeunesse) qui doit penser que poser un simple saut en windsurf doit être plus dur que marquer un but à 30 mètres. Voir les riders s’acclamer, s’embrasser pour des figures – disons le – crashées, paraît à la personne lambda comme un échec, et ne fait certainement pas rêver. Le véritable windsurf lui, le ferait. On l’a vu à la Torche en 2014, personne ne peut le nier. Le spectacle de l’Indoor reste quant à lui, le même qu’à « la bonne époque ».

L’Indoor nouveau communique sur la nostalgie de cette période. Dans une moindre mesure, c’est comme regretter l’époque de Staline. Ah ce bon vieux temps…

Continuer de pousser le windsurf sur la voie d’un élitisme social.

La retranscription TV, sensée faire hurler les familles d’excitation tout en restant confortablement installées dans le canapé, n’est disponible que si l’on paye un abonnement.

Ces chaines payantes diffusant également le foot, je doute que les quelques personnes payant effectivement des chaines spéciales (et n’étant pas déjà concernées par le windsurf) découvrent le sport et se trouvent une nouvelle vocation (Et pour les initiés, seule une faible partie d’une déjà maigre population y a donc accès. C’est bien ! )

Oh il y avait bien une chaine pirate dont le lien a largement été diffusé sur internet, mais entre Hadopi et l’overdose de publicité qui va avec… Non les enfants, la piraterie du web ce n’est pas bien, c’est illégal, c’est mal et ce ne sont alors pas les bonnes personnes qui gagnent du pognon à cause des Jack Sparrow 2.0.

Et encore une fois, la plupart des spectateurs sont là par ce qu’ils sont déjà connectés au monde du windsurf d’une manière ou d’une autre.

Transformer un sport naturel en sport mécanique (n’en déplaise à ceux qui targuent la planche à voile de ne pas être un sport écologique, pointant du doigt les technologies polluantes et le lourd bilan carbone des déplacements sur les spots, OUI le windsurf utilise le vent et les vagues que la nature nous offre).

Pourquoi payer un siège pour voir des simples loops moisis, quand tu peux aller à la plage gratuitement pour voir des doubles parfaits ?!!?

Sous prétexte de rendre le sport visible à ceux qui ne vont jamais à la mer, en déclenchant de nouvelles vocations sportives, tout simplement.

Alors que le problème écologique n’est plus le doux fantasme d’une bande d’extrémistes défenseurs de la Nature, qui nous feraient revenir à l’âge de pierre, remplir un bassin artificiel d’eau pompée dans la Seine et imbibé de chlore, faire tourner 30 puissants ventilateurs, on peut se poser des questions quant à celle du « ce n’est justement pas mon problème, d’autre le régleront à ma place ou je payerai le bilan carbone. Et puis hein c’est juste pour se divertir. »

Juste pour se divertir et pour le fun uh ! C’est comme ça que sont nées les désormais omniprésentes séries de TV-réalité. Pour faire passer le simple divertissement devant la réflexion et l’intelligence.

Quelqu’un veut parler du loop et demi du vainqueur des sauts ? Ah c’était un double ? Ah pardon…

– S’en suit une argumentation sur le fait qu’avec la rampe utilisée – la même que celle des années 90, non pas que d’autres tremplins bien plus efficaces aient été développés depuis hein – et que sauter avec des ventilateurs, ce n’est pas évident, blablabla. Ce sur quoi je repose la question ; Pourquoi payer un siège pour voir des simples loops moisis, quand tu peux aller à la plage gratuitement pour voir des doubles parfaits ?!!?

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Les vieux avant les jeunes.

Robby Naish, Erick Thiémé, Robert Teriitehau, Antoine Albeau… Les même noms que dans les 90’s, les même noms depuis 30 ans. Les organisateurs vont finir par nous déterrer Jim Drake pour faire venir le public.

Les champions de notre époque sont estompés derrière les stars des années 90, mieux payés qu’eux pour venir se dandiner avec plus ou moins de panache devant un public accro aux effets d’annonces des médias spécialisés.

Le public n’entendra parler et ne retiendra que ceux dont les noms circulent sans fatiguer depuis plus de 30 ans, quand la jeune génération reste encore une fois dans l’ombre, sans rien dire ni protester. Et dans dix ans, on ne se souviendra toujours, que de ces « grands noms du windsurf », les « légendes de notre sport »… Mais comment faire passer le flambeau de ce statut de légende aux nouveaux, les petits jeunes (dont certains athlètes comptent près de dix ans de carrière déjà) quand les médias continuent de se concentrer sur les même personnes depuis la nuit des temps.

Et comment permettre à une nouvelle génération de spectateurs de s’identifier à de nouveaux héros, quand on ne leur sert que d’anciennes gloires toutes fripées et dont le nom ne veut strictement plus rien dire pour eux, hormis les reliques et histoires que ressortent leurs parents depuis leur enfance. Ils pourraient tenter de se mettre du coté des nouveaux venus, mais personne, dans la société dans laquelle nous vivons, ne veut prendre comme héros des gens de l’ombre…

Mais l’ambiance était pourtant folle !!!

Comme à chaque fois que famille windsurf se réunit sur n’importe quel autre event de windsurf avec un peu de monde et de public, comme sur n’importe quelle grosse session de windsurf – notre avis ? Ça fait un peu cher le bal aquatique thème 90’s pour faire la bringue entre potes.

La déchéance du terme « windsurfer professionnel » (et ce constat va bien au delà de « l’affaire Indoor »)

Combien de riders « professionnels » vivent de leur activité ? Combien d’entre eux payent encore le matos ?

Le mot est SILENCE dans les paddocks. Pour certains on le sait, d’autre on le pense, quelques uns effectivement ne payent pas le matos mais une fois sur l’eau comment faire la différence. Dès qu’un 25 % est lâché en shop, l’heureux bénéficiaire se targue d’être sponsorisé, transforme ses voiles en panneaux publicitaires géants et appose les marques qu’il a lui même choisi (et non pas l’inverse…) partout où il le peut.

Comment rendre légitime dans ce cas, l’apport d’un pro rider à une marque. Pourquoi devrait elle le doter d’équipement à l’œil voir encore pire, le payer pour ses prestations aquatiques, quand de plus en plus de monde fournit le même job, voir plus encore, tout en continuant de payer son matériel.

Sans parler d’un champion du monde qui garde son statut (pour le moment) de membre indispensable au team d’une marque, et se voyant donc verser un salaire plus ou moins important, les pro-riders de seconde zone se dévouant entièrement à leur sport, ne peuvent plus comme avant faire de leur vie un exemple de rêve absolu, alimentant les espoirs des jeunes et moins jeunes quant à une vie meilleure, une vie chargée de vagues parfaites et de vent idéalement orienté et présent tout au long d’une quête d’un Endless Summer moderne.

Il semblerait que maintenant, tout le monde ait un travail en parallèle de son activité de véliplanchiste (semi) professionnel. On trouve ça vraiment triste, défenseurs sans relâche du Rêve que nous sommes.

Et le constat se retrouve sur les évènements. À l’image de l’Indoor de France ou encore du Défi Wind, évènements imposants et rameutant nombre de caméras et appareils photos.

Les pro-riders (dont pourtant l’attente se fait attendre à grand coups de scandale dans la presse française, comme quoi la PWA les empêcherait de participer en posant les dates aux même jours que le Défi par exemple) ne sont finalement pas tant les bienvenus sur ces évènements. Enfin si, mais seulement si ils viennent d’eux même et en payant ce qu’il faut payer. Encore une fois, seuls 2 ou 3 grands invités d’une époque pourtant quasi préhistorique de la planche à voile sont conviés aux frais de l’organisation, les autres peuvent aller se faire voir (le champion de France de vague doit par exemple passer par les qualifications avant de participer à l’épreuve de saut… quand les fameux invités entre d’office dans le contest officiel).

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Et comme la plupart des grands médias sont présents, ainsi que l’omniprésente volonté de plaire aux sponsors coûte que coûte, la majorité des plaignants avance la queue basse et se jette, tout sourire aux lèvres sur l’évènement, acceptant de se mettre aux mêmes conditions que les personnes venant justement côtoyer leurs idoles.

Oubliez la belle session en espace naturel, y’a piscine et les photographes ne seront que là – La victoire de l’aseptisation globale, ou quand la planche à voile veut se la jouer football.

Il y en a toujours bien un ou deux qui rouspètent plus ou moins dans leur coin, mais ces derniers se voient fourbement rétorquer « et bien ne venez pas ».

Les organisateurs l’ont compris, la foule vient pour rider avec et/ou voir les stars. Les « stars » quant à elles, viennent pour être admirés de la foule, faire monter les « likes » sur les réseaux sociaux et représenter leurs sponsors qui seront alors content d’eux sans avoir bougé le pouce. Tout ça en remplissant les poches des organisateurs qui, et le temps passant de changeant rien, continuent de se frotter les mains devant autant d’amateurisme.

Le windsurfer professionnel s’est prostitué au fil des années. L’arrogance et l’égo de pouvoir s’affirmer « pro-rider » dès que son matériel est renouvelé chaque saison et que l’on participe à n’importe quelle compétition ont pris le pas sur la longue progression d’antan pour s’émanciper de la condition d’homo windsurfus vulgarus, et ainsi entrer dans le cercle des « grands », est devenue une simple promenade de santé ou n’importe qui peut prétendre à devenir sponsorisé.

De la même façon, n’importe qui peut s’inscrire sur une épreuve du championnat de France, laissant encore une fois l’amateurisme prendre le pas sur le professionnalisme d’un sport où pourtant, le circuit national il n’y a pas si longtemps encore, permettait à de vrais professionnels, d’en vivre. Chichement certes mais ils en vivaient et le circuit professionnel n’en était que plus légitime.

Le windsurfer pro existe encore, mais il est en voie de quasi-extinction, et si l’on n’y prend garde, l’inéluctabilité de sa disparition, n’en sera que simple finalité…

La Glisse, c’est fun. Mais c’est aussi un esprit. Et faire du fun pour vendre plus de pub, ce n’est plus l’esprit du windsurf, encore moins celui des années 90. C’est rendre le monde lisse, c’est comme ressortir un Star Wars en prétendant faire revivre la vibe d’antan, c’est aseptiser tout ce qui sort du lot et brider les rêves de chacun jusqu’à obtenir une homogénéité parfaite. . .

Une dernière pour la fin, 2018 – Indoor sur l’Hookipa Beach Park ?!!?

Colin

De l’artificiel imposé – article complémentaire à lire en cliquant

Une réaction au sujet de « HUMOR ME BITCH SPECIAL INDOOR DE FRANCE – LE WINDSURF EST IL ENCORE UN SPORT PROFESSIONNEL ? »

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