IL ÉTAIT UNE FOIS, TROIS PETITS COCHONS. . .

« Coucou, on part dimanche. Samedi soir, apéro« 

On est vendredi soir, le trois Septembre de l’an de Grasse (vous verrez plus tard) Deux Mille Seize, il est déjà tard, je n’arriverai jamais à temps à moins de rouler vite. Je n’aime pas rouler vite. Non. J’aime prendre le temps. Le temps d’apprécier. À chaque instant, à chaque tournant. Toujours. Cela fait de toutes les manières un bout de temps que j’attends une réponse de mes deux tourtereaux à voile, pour se caler une journée #PIÈCESDEVIES  avant leur grand départ. C’est dommage, je les suis depuis le début de leur aventure. Tant pis pour moi, je les aime toujours bien quand même.

Au lieu de ça, je suis allé récupérer deux cent quarante Kékette. Chaque pack en contenant douze, cela fait dix packs de Kékette Large, cinq packs de Bien m’Ambrée et cinq de Red. Dans une semaine il y a la Kérou Beach Party, dans le Finistère Sud en Bretagne et So Rad Le Mag y paye son apéro.

Me voilà en Normandie donc, les potes sont en vacances sous des latitudes bien plus ensoleillées, ou alors s’occupent de leurs enfants. Nouveaux nés pour la plupart. Sensation bizarre d’ailleurs, mêlée d’une certaine incompréhension de ma part quand on ne se retrouve qu’une ou deux fois par an et qu’une simple mousse partagée en terrasse devient impossible pour une histoire de couche. Je comprendrai peut être un jour. . .

Me voici donc déambulant dans les rues d’une ville normande, avec une connaissance de ride de mon temps passé là bas. On ne se connait qu’à peine et pourtant, quand vient le moment de l’apéro, notre amour pour la glisse tisse vite les liens. Les langues demandent un besoin flagrant de liquide houblonné, plus pour se désaltérer que pour se délier d’ailleurs. La soirée bat son plein, au fil des rencontres l’on se perd d’un bar à l’autre, sautant de ruelles sombres en porches bondés. Un videur me signale que ma tenue n’est pas appropriée pour rentrer dans le bar de nuit où je comptais pourtant poursuivre la fête, avec dans les bras une blonde dont je n’ai jamais su le prénom. Il est tard dans la nuit – ou tôt le matin si cela peut vous faire plaisir – et je ne sais pour l’instant où vais je bien pouvoir dormir.

Le « pshhhhiiiit-pshhhhhiiiiiiit » caractéristique d’une bombe de peinture m’attire dans une rue bien éclairée de lampadaires. L’un d’eux peine à accomplir sa tache, clignote et tressaute dans sa lumière blafarde. Tout est calme. Je les salue, ils me le rendent. La discussion s’engage et me voilà assis à coté d’eux, à les observer. Je leur demande si ma présence ne les gêne pas, visiblement non. Elle s’appelle M. et lui S. Je me présente comme C., troubadour errant dans le milieu haut en couleur de la glisse, leur propose une Kékette chacun – après tout cette histoire pourrait remplacer celle du départ de Nat et Flo sur un bateau – et m’en vais de ce pas, ma voiture ne se trouvant qu’une rue et demi plus loin.

À ce moment je ne suis pas sûr qu’ils me prennent vraiment au sérieux. Pour eux je ne dois qu’être cet énième mec bourré qui vient s’imposer en bon voyeur, s’inventant une vie excitante parce qu’il pense que c’est excitant d’être graffeur. . .                  . . . le goût du risque et de la provocation, les courses poursuites avec les flics, la violation de toute notion de propriété privée, le vandalisme même – osons les mots forts !!! Seulement là, les deux artistes peignent sur deux toiles, posées contre la barrière d’un genre de petit parc, sous les lumières des lampadaires et à la vue de tous. Les flics passent et repassent devant nous sans même sourciller, et pour finir, je tenais ma parole en revenant les mains pleine de bières, ainsi que mon appareil photo en bandoulière et carnet de note en poche.

Je leur demande si ils veulent bien que l’on discute un peu, en vue de faire un papier sur le sujet. Je leur raconte ma dernière rencontre avec un graffeur, Antistatik, et les délicieuses anecdotes qu’il m’avait alors servi. M. n’est pas forcément trop chaude au début, la nuit suit son court et je les ralentis, elle n’aime pas l’idée d’être prise en photo non plus. S. quant à lui est tout content, l’atmosphère se détend vite, et l’oeuvre avance en même temps.

14202540_10153931303282709_421676203390940170_n

Des nuages de couleurs, apparaissent trois petit cochons, dansant et virevoltant au fil des coups de bombes, de pinceaux et de Posca. La toile sera exposé dès le lendemain au Festival « Made In La Couenne ». Les têtes ne seront pas peintes et évidées, que les gens puissent mettre les leurs et se prendre ainsi en photo. M. s’avoue peindre des cochons pour ce festival alors qu’elle est végétarienne, je lui demande si cela ne lui pose pas de problème d’éthique, « Vivre c’est vivre » me lance S. en guise de réponse.

The Freestylers crachote ses beats jungle music depuis l’ordinateur posé à même le trottoir. Les silhouettes porcines s’affinent sous les traits de pinceaux des deux artistes, le jour commence à chasser la pénombre de la nuit et je n’ai absolument pas sommeil, fasciné par les deux artistes. Trois mecs sortant de boite et ivres mort nous rejoignent et font semblant de s’intéresser. Ils restent deux minutes en titubant sur leurs jambes avant de repartir sans avoir échangé d’autres mots que « Et sinon vous êtes là depuis longtemps ?« .

M. balance « Regarde S. ? – Bah voilà c’est parfait !!! » S. me demande mon avis, je réponds que je changerai un poil la jambe du cochon du milieu. M. valide, remet un coup de pinceau à son tour et rajoute deux trois lignes à la bombe pour habiller l’ensemble. Il fait jour et des commerçants sont en train de monter un petit marché du livre d’occasion.

Sirotant une dernière rasade, partageant un bout de gâteau charentais que mes vieilles tantes m’avait offert avant que je ne les quitte, M. rigole enfin et me demande de lui envoyer les photos. Les deux larrons, copains comme cochons, prennent congé de mon chien et de ma personne et s’en vont vers leur fameux festival « Made In La Couenne« 

Je m’achète un livre pour deux euros, retourne à ma voiture et y fais une petite sieste avant de reprendre la route. La Bretagne m’attend et avec elle tous ses contes celtiques, teintés de réalité dans ce monde parfois rêvé, monde dans lequel je me fais happer à chaque fois que je franchis la porte du pays des korrigans. . .

14291743_10153931302477709_4091122036435400586_n 14291784_10153931303202709_19088053868854970_n 14222366_10153931302267709_9089732408156153473_n 14192503_10153931305522709_3675947313790759505_n 14264253_10153931304752709_3165663657282574978_n 14203165_10153931303432709_732793667478030688_n 14102752_10153931306732709_4995409088243084195_n 14322318_10153931304912709_8869462112851325104_n

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *