L’ITW DU SHORT – CRAWL PALABRAS

« C’est l’histoire d’un cul de sac en plein air, l’équivalent d’un oui mais non. Un blocage dans le dialogue où les personnages se détachent d’un objectif incompréhensible, pour s’enrouler dans une notion aussi douce que la résignation. Macrocosme dans lequel tout va bien, mais c’est pas grave. »

Yes Léo, la forme ? Super ce court métrage. 
Comment t’es venue l’idée ? Combien de temps pour écrire, mettre en boite, monter ? 



Salut Colin ! Moi ça roule, les retours que j’ai eus sur Crawl Palabras m’ont vraiment touché, je ne m’attendais pas à un tel enthousiasme. 

Tout est parti d’une histoire vécue au Mexique avec Hugues (ndlr – celui qui part surfer dans le film). Une après midi où il s’est retrouvé seul sur une plage, il a vraiment rencontré une Mexicaine, qui lui a fait fumer de la rose. Quand il m’a raconté cette histoire au ton psychédélique et surréaliste je me suis dit que c’était l’occasion parfaite pour réaliser un premier court-métrage ! 

Ensuite on s’est lancé dans le projet, on a écrit avec Hugues les grandes lignes, puis j’ai continué le scénario et les dialogues de mon côté, en m’inspirant le plus possible d’un univers absurde que l’on développe avec mes potes depuis quelques années. C’était assez délicat à mettre en place, je pensais que ça n’allait faire marrer qu’une dizaine de nos amis les plus proches tant le film entier relève de la « private joke », il touche à des concepts et à des références que l’on ne peut saisir complètement qu’avec un vécu émotionnel commun. 

Je l’ai donc écrit de Juin à Aout, découpage technique compris, sur les routes des spots de surf et en saison à Oléron, puis on a fixé une date de tournage en Octobre. Le film a été tourné en une journée, dans la détente, le soir même on était à l’eau et les conditions étaient parfaites. Les planètes se sont alignées pour nous apparemment.  
Pour le montage ça a pris un peu plus de temps, je l’ai fait seul et un peu à l’arrache, il est fini depuis Janvier mais ne sort que maintenant sur le net !

La rose, quelle belle idée… Le surf a t’il besoin de plus de légèreté ? Le film repose sur une certaine philosophie hédoniste, presque nihiliste. « j’men fous, laissez moi surfer tranquille et si y’a trop de monde je les emmerde tous. Je m’éclate quoi qu’il arrive !!! » surtout à travers le personnage joué par Titou et la rencontre mystérieuse avec la jolie Lilly qui a inspiré le film.
Trouves tu que l’effervescence tournant autour de la glisse du moment, ne va pas de paire avec une pratique saine du surf ? Est-ce un message caché ?



Pour la question du surf, je pense qu’il faut le voir à travers le film comme un symbole, un signifiant, qui renvoie à l’aboutissement d’une recherche, celle de l’ataraxie ou de liberté. Et dans l’histoire, toute la question est de savoir s’il est possible d’atteindre cet état en société, malgré la présence des autres. C’est une sorte de réflexion sur la misanthropie qui se prêtait particulièrement bien au thème du surf, notre rêve à tous étant la session parfaite, seul ou avec quelques copains. 

Et oui, le surf a complètement besoin de plus de légèreté, dès les premiers plans, le propos s’oppose au conflit et à la compétition à travers le surf, favorisant l’approche du « soul surfing » et de la détente dans les dernières séquences. Je pense qu’il ne faut pas perdre cette approche artistique et psychédélique du surf, les visions et sensations que l’on ressent quand l’on prend une vague sont particulièrement fabuleuses, il ne s’agirait pas de les banaliser à travers la médiatisation ou le business.
Après ce qui m’intéressait dans la réalisation de ce petit court métrage, c’est la multiplicité des échelles de lecture. Si on est parti du thème de la misanthropie pour traiter l’histoire, on y a également intégré les thèmes qui nous ont travaillé depuis notre voyage jusqu’à la réalisation. Ce sont tous ces sujets sur lesquels on a bâti un univers absurde aussi personnel qui méritait selon moi d’être retranscrit le plus fidèlement possible. En gros c’est une sorte de fourre-tout, où l’on a voulu placer le plus de répliques et concepts ancrés dans notre mode de communication et qui nous font vraiment marrer, comme la Petite Misère, les papillons ou encore France Inter. 

Au final, cette ambiance apportée par les dialogues a changé le rendu final du film. Elle a donné une certaine légèreté qui détourne la réflexion sur la misanthropie, pour aborder plus implicitement celle de l’oisiveté et de l’hédonisme.  C’est pour cette raison que le film est un paradoxe, d’où le scriptovisuel au début « Tout va bien, mais c’est pas grave. ». Les personnages débattent de sujets universels assez complexes et épineux mais évoluent dans un univers tout à fait paisible, avec la plus grande nonchalance. 

Un dernier élément que j’aimerais aborder, utile à la compréhension, c’est le sujet du scénario.
 En cours, on nous apprend que le cinéma est, par essence, moral, qu’il y a des codes de narration dont on ne peut pas s’affranchir. Les personnages doivent avoir un objectif, la narration doit être basée sur les conflits et les choix que ces personnages font pour atteindre leur objectif. Mais surtout, à la fin, il doit y avoir une morale, les personnages doivent avoir évolué et changé leur positionnement. Dans Crawl Palabras, c’est tout l’inverse. Il s’agissait ici d’expérimenter une logique cinématographique différente où les protagonistes, à défaut d’atteindre leurs objectifs, réussissent à s’en détacher. Une morale plus proche de nos vies, où le plus souvent, les gens gagnent à n’en n’avoir plus rien à foutre. Ils lâchent prise et ils sont libres.



Excellent !!!! La suite des projets ? On en veut plus. Le fait d’être sélectionné au Festival Scèn’art En Court pourrait il déboucher sur un moyen ? un long ?

Pour finir sur le festival, ça à été une bonne surprise d’être sélectionné ! Même si c’est un petit événement, il a été sélectionné parmi une centaine de courts-métrages partout en France. C’est plutôt flatteur et j’espère y faire les bonnes rencontres pour faciliter la suite des réalisations. J’ai de la chance d’être entouré d’une bonne équipe à l’école et parmi mes amis, on se marre bien et il y a énormément de projets à venir, plus que ce que l’on peut en faire. Seulement voilà, le cinéma c’est du temps et de l’argent, alors il faut être sélectif sur les projets qui nous tiennent vraiment à cœur.
Un prochain court métrage est déjà écrit, il sera tourné dans deux mois en Normandie. Ça s’appelle Les Yeux Noirs. C’est un projet deux fois plus long et plus ambitieux que le précédent, qui nécessitera aussi plus de moyens. On est donc en recherche de financement…        … à bon entendeur, salut !

Merci Léo 😉

Le film sera projeté au Festival Scen’art En Court, à Rennes, le 27 Mars, et Léo Bunouf reviendra bientôt dans les pages en vrai papier de So Rad Le Mag.

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