JOHNNY B-GOODINGUE SUMMER TRIP

Il y a quelques mois, je me suis inscris sur les marchés d’artistes de l’Ile de Ré. Cela faisait un bout de temps que l’entourage plus ou moins proche me tannait sur cette idée d’exposer mes écrits, photographies, gravures et tout un bout de mon laboratoire de la culture Glisse qu’est So Rad – comme j’aime à le penser.

Les mois passent, je me suis créé un stock qui allait me tenir tout l’été et m’apporter gloire et fortune – tout ce dont je rêve il va de soi – un stock de tee-shirts, de tableaux et de carnets. La création m’emporte, retournant au réel citado-civilisé seulement pour arpenter mon bout de montagne, et descendre m’approvisionner en encres, papiers et textiles et autres supports divers et variés… Ah non, c’est vrai, il y a eu le confinement. . .

Jeanne m’a rejoint sur cette jolie montagne de Bange et c’est deux mois et demi que nous avons passé au milieu de la nature, à une demi-heure de marche de toute civilisation, dans le calme absolu. Le silence n’existe pas sans le bruit. D’Or le silence est, lorsqu’il est composé de bruissements des hautes herbes bercées par le vent, des chants et gazouillis d’oiseaux, tantôt lève-tard, souvent couche-tôt, l’ensemble rythmé par la sourde ondulation de la forêt dansant dans l’aube naissante. Le ciel y est limpide, sans chem-trails ni avions déchirant l’immensité troposhérique. La rivière coule au fond des gorges sans qu’un incessant vrombissement de moteurs ne vienne troubler sa course aquatique, où chaque goutte rêve, qu’un jour peut-être, elle rejoindra la mer. Nous y sommes bien, tellement bien que l’on ne se rend pas forcément compte de ce qu’il se passe vraiment. Et quand les premiers marchés sont déclarés annulés, c’est un léger retour amer qui vient rendre acre notre sentiment de liberté. La chute de Babylone ne s’est pas faite, pas cette fois dira le copain rasta. Et moi je me retrouve sans marché, avec un petit stock déjà bien avancé mine de rien. De l’argent qui dort parait-il. J’ai un chien à nourrir et une femme avec qui partager une vie de rêves éveillés, vivre d’amour et d’eau de source, cela ne suffit pas encore. Un jour peut-être. . .

« Yes Fasbo !!! T’es où en Bretagne ? » Et une bonne heure après la fin d’un premier marché à Penmarc’h à côté du Biblique spot de La Torche, nous retrouvons T.A.Z. – Temporary Autonomous Zone – le bus Fasboa de Damien – garé sur le bord de la route à la Baie des Trépassés. L’endroit est magique et les falaises s’abîment dans les derniers rayons du soleil déclinant. Nous calons Bambi vingt-cinq mètres légèrement en amont dans les dunes, Nelson est content et gambade entre les oyats tel un jeune korrigan, apéro sur la terrasse du bus du bonheur, coucher de soleil, ceux qui sont allés l’admirer à la Baie savent. . .

Les marchés de l’Ile de Ré ayant tous été annulés à la dernière minute, nous avions un peu hésité quand à nos projets d’été… Landes ? Charente-Maritime ? Savoie ? Pays Basque ? Bretagne ? Cette terre d’aventure où j’ai plusieurs fois laissé un bout de mon coeur, tant pour les paysages et sa tumultueuse météorologie, que pour ses habitants. L’hésitation ne dura que peu de temps et les réponses des quelques marchés survivants et ayant encore de la place pour nous accueillir firent aussitôt pencher la balance en faveur du Pays Bigouden.

Les sessions de surf s’enchainent et s’ensuivent les apéros. Damien nous rejoint sur les marchés de Penmarc’h et des environs, le mardi en fin de journée au pied du Phare d’Eckmülh, le vendredi matin au marché de la criée de Saint Guénolé et le dimanche matin au marché de Le Guilvinec, le deuxième plus gros marché du coin – ou de ce que l’on nous en dit. . .

Nous faisons la rencontre de Mélie et Nico, nous retrouvons Morgan – Momo – Merrel, du crew Arcadien « Les Barrebus ». Nouvel apéro, deux sessions de surf dans la journée, des rires et des sourires de partout. Pourquoi ai-je voulu poser mon laboratoire ambulant sur l’Ile de Ré au lieu de venir directement ici ? Je n’en sais rien mais nul regret ne m’habite. Le monde vient simultanément de se rétrécir et de s’agrandir dans une fraction d’espace-temps. Mélie est la secrétaire du Club Nautique du Cap Sizun. Mon super pote Toto y est directeur-adjoint et nous y avions tourné il y a quatre ans le clip parodique « La Passion d’Alice ». Le fantôme de Jean-Gaëtan de la Bonne Pine, le CRS windsurfer chevronné mais célibataire, y reniflerait encore quelques culottes de jeunes retraitées parties se tremper dans les fraîches eaux bigoodènes. . .

Le monde est petit, mais à force de ces rencontres, c’est la sensation de le voir s’élargir dans une diaspora de couleurs, de bonne humeur et de soif de partage. Le peuple qui sourit à la vie. Repoussant les frontières du monde triste pour l’arroser de good vibes, Mélie et Nico font la fermeture des supermarchés pour récupérer les invendus au lieu de les voir se faire incinérer dans la fumée du gâchis. De retour au parking de la plage, ils font la tournée des breaks aménagés, vans, bus, camping-cars et autres pour leur proposer les fruits et légumes récupérés plus tôt, déjouant ainsi leurs funestes destins au profit d’un délice de papilles. . .

Un petit tour par l’atelier de shape de Robin Goffinet « ROB SURFBOARD » et Momo repart avec un joli fish, tout de chanvre glassé, qu’il surfera dans la foulée et aimera sur le champ. Plus tard, c’est Toto qui vient nous rendre visite sur la terrasse de T.A.Z. surplombant notre petit Bambi. Là où nous sommes, au moment où j’écris ces lignes, un léger vent on-shore effleure et atténue les quelques vagues qui déferlent devant nous. Il y aura du surf plus tard dans l’après-midi, et comme d’hab depuis plus d’une semaine, nous serons deux, trois, peut-être cinq personnes au peak, tous sourires aux lèvres alors que la bataille règne sur les vagues plus connues des alentours. Sur les marchés, les couleurs de Fasboa, ses chemises hawaïennes, ses sweats et shorts, jupes et casquettes s’assemblent à merveille aux noirs et blancs que je propose. À l’unanimité de nous trois – Jeanne, Dam’s et moi-même – notre parcelle de marché, relevée d’un soupçon de Bambi et slogantisée de milles et un stickers aux textes évocateurs – « ARRETEZ DE RENDRE CELEBRE LES GENS STUPIDES ou encore PLUS D’ARBRES, MOINS D’ABRUTIS – offerts au bon vouloir des passants, est et demeure à ce jour la plus belle de tous le pays. Et ça, c’est nous qui l’affirmons !!! Les soirées plus calmes, quelques images tournent sur l’écran de l’ordinateur. Benda Bilili. Il faut voir ce film. Les frissons me parcourent rien qu’à l’évocation de cette histoire d’une poésie tragique sans précédent. Des musiciens, handicapés, clochards, qui dorment dans la rue sur des toncar, et que la musique fini par élever vers des sphères insoupçonnées pour qui ne connait pas déjà le Staff. Entre deux sessions et marchés, nous posons les premières bases d’une belle collab’ en devenir. Quelques tee-shirts printés à la So Rad, surlignés d’un stylé Fasboa, sont nés dans le bus. Quelques sweats aussi, un visuel créé de toutes pièces pour l’occasion – pur Shelta Vibes. Les freeriders du love Yann et Leysa sont venu prendre le déjeuner après une session complètement folle qui nous a franchement impressionné et remis en désordre tout un tas de doute sur le surf foil. C’est vraiment stylé on vous jure !! Sous les pieds de Yann en tout cas !!! Ainsi filent les heures, les kouign-amans et nos longboards. Nous sommes bien, oh oui nous sommes bien ici. Nous allons y passer l’été. N’hésitez pas à venir nous voir et à manger du FasboRad – ou SoRadBoa c’est selon – ce qui est sûr, c’est que c’est Bon !!!

Ciré cirrhose, sucré-salé avec un peu de beurre masqué, esquive la canicule pour la canipull, bien t’en fera car surfer seul des vagues tu pourras. Depuis la création du monde, on n’a pas encore vu ça. . . Ya Basta, Hasta Siempre Britania !!! This is SO RAD BOAAA, alors, franchement, voilà.

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