LA FILLE DU TRAIN

 En 2016, pendant le Rip Curl Windsurfing Pro Tour, je rencontrais la toujours souriante Marine Hunter. Elle avait tout juste le niveau pour ne pas se noyer dans la vague scélérate du spot breton, mais elle y mettait tout son coeur pour faire honneur à son adversaire, Nathalie Cottard, qui aurait eu sa place sur un podium de coupe du monde à l’époque. Tirant droit dans le cœur de la déferlante, Marine savait que la séance de natation allait être de mise et récurrente, mais elle s’en fichait. C’est en tombant qu’on apprend, et le chemin de la progression ne connait de limite que si on se les pose.

Presque quatre ans plus tard, courbes affutées et rotations dans les airs sont venues se joindre à l’engagement déjà sans faille de Marine. 7ème mondiale sur la coupe du monde 2019, il a fallu que le Pôle Nautique de la Hague aille recruter les windsurfeuses locales pour avoir le quota de femmes nécessaire à la validation d’un titre de championne de France. Et c’est Marine qui l’emporte, avec l’art et la manière.

Alors quand j’ai proposé à la waverideuse parisienne, atypique jusque dans ses choix de moyens de transport, de faire cette interview, je savais qu’on allait discuter de sujets sensibles, mais je ne m’attendais pas à ça.

 Marine est une grande windsurfeuse, engagée, sensible, et ce sourire omniprésent, lors des évènements et sessions où l’on peut la croiser, aura, à n’en pas douter, encore plus de valeur après la lecture de ces quelques menues lignes…

photographies de Nicolas Peltier – interview de Colin Hemet

Salut Marine, tu es championne de France de windsurf… Présente toi et raconte un peu ton parcours pour en arriver là.

Mpfffff le mot « parcours » me fait doucement rigoler, ça me rappelle mes parents et leur idéal de parcours académique dont j’ai complètement dévié; je suis la seule de la famille qui n’ai pas fini ses études ! En fait j’ai eu des troubles du comportement alimentaire (TCA) qui se sont enchaînés depuis la première avec un an d’anorexie, qui s’est transformée en boulimie avec une dépression quelque part dans un coin. Difficile de se concentrer sur les études dans ce contexte… Après un an de prépa BCPST (bio) en région parisienne, j’ai eu besoin de me rapprocher de la mer que j’avais toujours fréquentée avec bonheur en vacances et je suis partie à la fac de la Rochelle. C’est là où j’ai vraiment commencé le funboard après quelques stages de planche où j’avais tout de suite accroché. Les études, c’était la bérézina, j’ai redoublé ma L2 et je suis rentrée chez les parents à Paris, un séjour aux enfers. J’ai trouvé un boulot à mi-temps chez Decat pour fuir l’inactivité et j’ai repris la planche grâce au KIFF (forum des windsurfeurs parisiens). Pendant toute cette période, la planche, c’était le seul moment où j’oubliais tout, où je me sentais bien, heureuse, capable de nouer des amitiés… C’était la seule chose qui me motivait vraiment. Le meilleur moyen d’évasion de soi que j’ai pu trouver, un moment de respiration irremplaçable. J’en faisais dès que je pouvais, j’aurai passé Noël sur l’eau si je n’avais pas eu peur de me mettre ma famille à dos. La compétition, c’était l’Aventure : arriver à faire le trajet je ne savais jamais trop comment (pas de voiture avant 2014, je rapatriais souvent le matos acheté d’occasion en train), l’occasion de rencontrer un tas d’autres passionnés avec parfois un niveau stratosphérique et très très gentils, des moments géniaux et désinhibés. J’étais une quiche mais la confrontation était hyper motivante: j’ai fait mon premier planing dans les straps au harnais sur ma première compet de slalom (du grand n’importe quoi mais on s’était bien marrés avec mon ami Fox), j’ai appris le frontloop pour arrêter de finir dernière en vague… Je vois les compétitions avant tout comme l’opportunité d’apprendre et passer un bon moment entre windsurfeurs. Si les condices étaient pourries (le fameux « technical sailing ») et qu’il faisait froid, c’était toujours moins pire que de rester seule à faire des crises de boulimie et passer une journée de merde, concrètement.

Mes troubles traînent depuis 10 ans, et j’ai enfin la force et la motivation de m’en occuper sérieusement depuis un an, après une phase de mieux qui m’a fait rendre compte à quel point ma vie était pourrie par ces problèmes. J’arrive même à en parler maintenant, youpi! Je prends des anti-dépresseurs depuis décembre et j’ai l’impression de revivre, tout est plus facile. J’ai pris conscience qu’avant je vivais à 50% voire moins, j’aurai dû en prendre bien plus tôt. Je me suis éloignée de ma famille avec laquelle j’étais incapable de communiquer normalement, c’était plus simple d’aller faire de la planche… Maintenant que ça va mieux et que j’ai moins besoin de windsurfer pour aller vers les autres, ils me manquent, mais j’ai encore du mal à sacrifier un week-end de vent. La plupart des gens connaissent peu la réalité des troubles alimentaires, et quand parfois je leur dis que je suis boulimique, ils me répondent d’un air surpris: « mais pourtant t’es pas GROSSE » (même si je me suis détestée et que je me trouve encore grosse). Je ne vais pas vous faire un exposé mais avaler des quantités astronomiques de bouffe est une façon de s’anesthésier très efficace quand on a du mal à gérer et exprimer ses émotions, un peu comme l’alcool ou la drogue. Contreparties: une grande souffrance solitaire et silencieuse, la honte qui empêche d’en parler, c’est hyper crevant et éprouvant pour le corps si on compense par le sport, les vomissements ou sans compenser, c’est désocialisant, ça ne règle rien… Autre conséquence, j’ai également quelques problèmes de mémoire, appelez-moi Dory… En compétition, j’ai un souvenir horrible de crise la nuit avant la première journée d’une AFF à Leucate, j’étais défoncée par la route, pas dormi, le lendemain je ne sais pas comment j’ai fait sur l’eau. ça m’est arrivée de me sentir incapable d’aller au boulot tellement j’avais mal au bide, et d’autres jours prendre une douche c’était la victoire de la journée. Résultat depuis que j’ai commencé la PWA avec des années bien chargées entre le boulot et les compét’, il y avait des phases en fin d’année où si j’arrivais à me traîner au boulot, je ne pouvais plus aller faire de planche. Je n’y arrivais plus. Plus la force de faire la route, plus envie de bouger. J’ai eu un déclic à ce moment-là et j’ai commencé à essayer de trouver des solutions pour combattre cette fatigue immense, paralysante, parce que je veux continuer, tant bien que mal. Parce que la planche à voile et les planchistes, c’est un monde qui est trop génial pour que ça s’arrête.

Peut-être que sans la planche, je me serai soignée plus vite, car je refusais toute contrainte d’emploi du temps en dehors du taf pour aller naviguer, mais honnêtement, essayer d’imaginer ce que je serai devenue sans le windsurf me fait peur. Je n’aurai peut-être pas fait partie des 10% de décès liés aux TCA, mais je t’avoue que jusqu’à une certaine époque, ça ne m’aurait pas dérangée de mourir dans un accident.

Tout le monde m’a beaucoup aidé pour progresser et m’a encouragé, au fil des Oléron Wave Classic, des régates de ligue, des longues distances, des AFF, puis IFCA puis PWA grâce à un financement participatif organisé par mon club. Que de souvenirs !! C’était bien funky au début, pour une parisienne je ne m’en suis pas mal trop mal tirée, je trouve ^^ C’était rigolo de se retrouver championne de slalom de Bretagne (j’étais la seule fille) et championne de vague de Normandie et de Bretagne (pas officiellement car on n’était pas assez pour valider le titre), ça mettait le bazar dans les classements. En compétition j’avais des résultats en dents de scie, avec quelques fiertés: une manche de qualif’ AFF gagnée devant Delphine Cousin (nda : multiple championne de France et du monde, à So Rad on ne s’arrête pas à ça donc on ne compte pas l’accumulation des titres…), une manche du Défi devant Delphine aussi, une manche de l’IFCA slalom gagnée à Sylt, et remporter un heat au Maroc devant Sarah-Quita Offringa (nda : la reine absolue, Queen Windsurf, elle gagne tout – sauf là 😉 ).

Cet automne à Hawaï, quand je discutais avec Francisco Goya à propos de ma demande de sponsoring pour Quatro, il m’a posé cette question: « Do you want to do it professionally ? » (y a besoin de traduire ?) Je me disais que ce serait une phase temporaire et que je reprendrai les rails d’une vie « normale » – normée – assez vite. D’ailleurs dès le début, tout le monde avait bien insisté sur le fait que je ne pourrais jamais gagner ma vie avec. Je m’en foutais, ce n’était pas le but. Aujourd’hui j’arrive enfin à me payer mes planches pour naviguer avec du matos 2020 (Je vous ai fait rêver, mais non, je paie toujours mes planches). Maintenant, oui, j’ai envie d’aller plus loin et de devenir windsurfeuse professionnelle. Et d’aller à Jaws, mordious !

Qu’est-ce que cela représente pour toi ? Est-ce un rêve qui s’accomplit?

Je n’ai jamais osé rêver être championne de France un jour, quand j’y repense c’est quand même assez dingue. Je n’aurai jamais cru aller si loin. Je ne sais pas si objectivement je suis la meilleure de France mais ça fait quand même vachement plaisir de poser des trucs après des années à essayer de rattraper les plus fortes. Mon rêve, c’était de poser un backloop, j’ai fini par en poser quelques uns alors que je pensais ne jamais y arriver. Encore merci au Pôle Nautique Hague et à celles qui sont venues participer au championnat, sans vous ce titre n’existerait pas. On en aura bien chié en plus, bravo les waverideuses!!

Est-ce que ça peut te permettre de faire plus de choses ? Avec plus de budget venant d’un sponsor par exemple ? Ou est-ce que tu t’en tamponnes tellement que tu en rigoles juste ?

Ça pourrait me donner de quoi de faire plus de choses si j’avais le courage de me médiatiser plus, je pense. C’est à moi de capitaliser dessus ; comme je n’ai pas confiance en moi et que j’ai une très mauvaise estime de moi, je me vends mal et je ne pense pas toujours mériter de me donner les moyens.

Le budget d’un sponsor, autant avant, je ne pensais pas en valoir la peine, autant, maintenant que j’ai envie de continuer la compet’, oui, je meurs d’envie d’avoir les moyens d’aller plus loin, ou au moins que ça me facilite la vie. J’estime avoir suffisamment ramé sur tous les plans ^^ J’ai encore du mal à accepter l’aide des autres, j’ai peur de décevoir et je ne sais pas toujours comment me comporter vis-à-vis d’eux jusqu’à parfois devenir plus distante. A moi de me challenger pour me donner les moyens à présent ! PS : si vous avez des contacts, je prends 😀

Parle moi un peu de train, ton moyen de transport favori pour partir en windsurftrip. Raconte les vraies galères que ça entraîne, l’intérêt que tu y vois, quelles sont les convictions qui t’ont poussé à utiliser le train ?

Le train, c’est mon moyen de transport depuis toujours, j’ai grandi en banlieue parisienne après tout. En dehors de la planche, je regarde si je peux effectuer un trajet en transports avant d’envisager la voiture, même dans d’autres villes ou d’autres pays, c’est devenu un réflexe. Je dois dire que j’ai une sainte horreur des embouteillages, fréquents en Ile-de-France, des odeurs de gaz d’échappements et d’être coincée derrière un volant. Pour moi la conduite n’a aucune valeur ajoutée, à moins de partager le trajet avec des potes. Plus qu’un moyen de transport, un voyage en train est un moment de paix privilégié, sans irruption du monde extérieur, c’est là où je bosse le mieux. Pas de contrôles de sécurité, pas de portiques (enfin maintenant si), simplissime. J’adore le train pour ces instants où tout le monde me fout la paix et où je peux rêvasser tranquille.

Je vis mes derniers mois de carte Jeune SNCF (jusqu’à 28 ans révolus pour info), et je voulais en profiter avant que ça ne me coûte plus cher que le trajet en voiture. C’est souvent assez stressant de voyager avec du matos car je m’attends toujours à ce qu’on m’interdise l’entrée du train ou de me prendre une amende – le boardbag dépasse la taille maximale autorisée à bord -, mais je suis tellement plus heureuse d’avoir galéré en train plutôt que d’avoir relâché un plein de gasoil dans l’atmosphère. C’est ça en moins et ça me prend moins de temps et moins de fatigue pour aller chercher des conditions tribord en Bretagne ou à Marseille. Je peux même y aller à la journée ! L’idéal serait de pouvoir stationner un utilitaire avec le matos dans une région différente chaque mois, mais avec du matos neuf je ne suis pas sûre de prendre le risque de laisser ma voiture sur un parking. Néanmoins, ça reste une idée à creuser 🙂 D’ailleurs, Alix Robert en parlera dans un futur article sur mon blog windsurfeuseinparis.com où je donnerai plein d’informations dans la section Rail.

Comment te voient les autres usagers du train, les contrôleurs ? Tu as forcément fait des rencontres et vécu de quoi distiller ça et là quelques anecdotes ?

Les contrôleurs ont un regard soit amusé, soit réprobateur, et les voyageurs, un mélange de curiosité et de sympathie. Tout le monde veut me filer un coup de main pour descendre le boardbag du train ^^ ça ne s’est jamais mal passé parce que j’essaie de faire la jeune fille innocente et surtout, je fais en sorte de ne pas gêner les autres passagers, dans la mesure du possible. Je réserve l’espace vélo, je ne fais plus la pirate du rail comme lors de mon premier trip avec le boardbag à La Rochelle pour une Oléron Wave Classic. Je ne me rappelle plus comment j’étais descendue à l’aller, mais au retour j’avais mal calculé et j’avais dû mettre le boardbag en travers de la plateforme, les gens devaient l’enjamber pour passer d’une voiture à l’autre ^^ Le contrôleur n’a pas eu la motivation de me virer du train comme il aurait pu, il s’est contenté de me faire peur. C’était très limite!

On dit souvent que le windsurf est un sport de riche. C’est vrai, mais il y a quand même quelques exceptions. D’où cette question que je me pose souvent. Peut-on être un windsurfer engagé dans la cause écologique et sociale ? Ou le windsurfer (ainsi que tous ceux qui pratiquent ces disciplines sportives basées sur la prise de kiff ultime) ne peut qu’être un égoïste qui ne pense qu’à son plaisir, à consommer toujours plus de kilomètres, de vagues, de matériel qu’il faut renouveler tous les ans pour toujours être plus fort, plus performant, selon les bons conseils des magazines qui publient ce que les marques veulent…

Tu grossis un poil les traits dis-donc ^^ Avant je t’aurais dit que les comportements dits écolos ne sont que des comportements de pauvres aux ressources limitées, non pas parce qu’ils l’ont choisi, mais du fait de leur faible niveau de revenu. Au Maroc, typiquement, c’est l’art de la débrouille, du recyclage, de l’extension du cycle de vie… Mais en réalité c’est humain de gaspiller quand tout ce que l’on aperçoit autour de soi, c’est l’abondance et la profusion. Surtout quand les déchets disparaissent tous seuls. Le windsurfeur écolo pur et dur, si on suit ma pensée, serait donc insolvable et naviguerait toujours avec sa Windsurfer et sa voile en dacron, tresserait ses bouts avec les poils de son chien. Comme tout, on peut essayer de trouver un entre-deux, et peut-être qu’il y aurait plus de mutualisation de matos via des associations comme Aytré Funboard qui dispose d’un local avec du matériel disponible pour ses adhérents. Une amie avait lancé un test de site de location de matos entre particuliers, ce serait génial si ça existait!

En tout cas, le fait de continuer à faire des kms, seule, en vieux diesel puant, ça me dérange. Et honnêtement, ça me fatigue, surtout. Je n’en peux plus de faire de la route, c’est usant. Sur Paris on a un site de covoiturage (kiffmembers.org), le train c’est intéressant pour certaines destinations mais c’est contraignant et coûteux (et on n’est pas sensés trimballer des machins aussi énormes que des boardbags, accessoirement).

Pour moi, le vrai écolo, c’est celui qui accepte de sacrifier son propre confort en révolutionnant ses habitudes et en remettant en cause le système dans sa globalité pour préserver la nature telle qu’elle est et telle qu’il l’aime. Clairement, je n’en suis pas là, mais un windsurftrip en charrette, ça aurait son charme, j’adore les chevaux. J’essaie de réparer ou faire réparer tout ce qui peut l’être, même si ça me coûte aussi cher que de racheter du neuf. Je n’achète du neuf que lorsque je n’ai pas trouvé d’autres alternatives. J’essaie de réduire mon volume de déchets mais pour la bouffe, avec un comportement compulsif c’est compliqué…

Plages et stations de ski telles qu’elles ont été « aménagées » me font parfois peur. C’est une destruction organisée de la nature pour notre bon plaisir. Je n’ai pas envie d’une nature-Disneyland, où tout a été remanié, anthropisé, dénaturé quoi!

La Nature, c’est un patrimoine commun qui devrait être sacré, comme tous les êtres vivants. Chaque arbre est un miracle en partie inexpliqué, un organisme d’une grande complexité, pas un élément décoratif ou de la pâte à papier en puissance. Mes études de bio m’ont certainement rendu plus à même d’avoir ce regard-là, plus je suis rentrée dans les détails du fonctionnement du monde et des êtres, plus je m’émerveillais. Je ne suis pas végane ni pour la disparition de l’humanité (bien que ça réglerait pas mal de choses). Pour autant, il faut arrêter de regarder le monde naturel qui nous entoure comme de la matière première. Pour moi c’est un monde magique qui embellit chaque journée, même par météo maussade. En windsurf, j’ai toujours un moment dans la session où un animal marin de passage, la lumière ou le paysage s’unissent pour rendre l’instant incroyablement beau, presque mystique, et je ressens une immense gratitude.

La question à mille dollars, c’est quoi être une femme dans le windsurf en 2020 ? Comment ça se passe avec les sponsors ?

Les windsurfeurs sont super accueillants sur les spots, filent des coups de main, il y a toujours une bonne ambiance où j’ai navigué. Je n’ai jamais subi de réactions déplacées, au contraire, j’ai surtout reçu des encouragements; c’est vachement plus chaleureux qu’en surf où il y a souvent une espèce de tension sur l’eau que je supporte mal.

C’est toujours un peu galère de trouver des voiles en-dessous de 3,3, quelques marques ont une offre pour les petits gabarits avec des voiles enfants et des 60L; on peut aussi s’offrir un custom à des prix raisonnables, comparé à du neuf de série, avec un certain délai tout de même, et le matos léger existe. En slalom ça demande un sacré entraînement, et de bien choisir son matériel. Souvent je trouve que le matos de freerace, en particulier les planches, est un segment assez bâtard. Adapté pour faire du travers mais pas vraiment du slalom. J’ai souvent été déçue par ce que j’avais essayé (mais je suis loin de tout avoir testé !). Pour les harnais je préfère ceux dédiés au kitesurf que je trouve plus performants. Les innovations dans ce domaine viennent souvent du kite j’ai l’impression.

En tant que compétitrice, ma foi, c’est fort différent, cf la question suivante. Ma vision du sujet a beaucoup évolué avec mon expérience sur la PWA d’une part, et avec la vision que j’ai de moi-même de l’autre.

Concernant les sponsors, avec le recul, je pense que je préfère les choisir en fonction de ce qui me correspond et qu’ils aient envie d’entretenir une relation sur le long terme. Plus ils me font confiance, plus j’essaie de les aider à mon tour. Je suis encore très timide dès qu’il s’agit de démarchage. Avant la totalité de mes sponsors m’avaient approchée soit directement, soit via une connaissance, plus que je n’avais été les chercher moi-même. Mais je fais des progrès ! Maintenant que je réalise que j’ai envie de continuer les compétitions, ça me fait encore peur mais j’hésite moins à demander de l’appui pour approcher des sponsors qui m’intéressent, parce que j’ai vraiment envie que ça marche et que je suis prête à m’investir. Je suis contente d’avoir une plus grande disponibilité mentale pour être plus proactive aussi, organiser des trucs avant c’était le bout du monde pour moi, il fallait vraiment être derrière moi comme mon club Voiles de Seine l’a fait et qui m’a décroché le soutien de la ville de Boulogne-Billancourt et du label MSC Pêche Durable grâce à l’opération de financement participatif qu’on avait organisé il y a quelques années.

Je suis vraiment contente d’être chez KA. Si j’y reste, c’est parce que je suis vraiment bien considérée en tant que rideuse, que les voiles me vont très bien (super légères et faciles pour mon gabarit, les Kamikaze 2019 avec la Pyramid c’est vraiment le combo qui tue au surf) et j’ai un budget voile annuel qui me permet enfin de sortir un peu la tête de l’eau et envisager un partenariat planche. Avoir des planches de 10 ans, même si je les aimais bien, c’était aussi un repoussoir pour d’autres sponsors potentiels, en plus de passer sur des boards plus performantes. Je savais que ce serait difficile de décrocher un contrat avec Quatro mais je voulais rider pour eux, et pas autre chose. Je suis une personnalité de type tout-ou-rien en plus d’être butée, ça a pris un peu de temps, c’était un gros budget mais je m’y étais préparée et je suis hyper contente: les Pyramid sont faites pour moi et ça se passe bien avec l’équipe.

La Lunette Jaune opticien spécialisée dans les lunettes de sport et les belles montures me suit depuis mes débuts, je lui suis vraiment reconnaissante pour son soutien, lui qui protège mes yeux depuis des années!

J’ai aussi la chance d’être ambassadrice pour Olaian, ce qui était cohérent travaillant chez Decathlon.

Nouveau venu cette année, mon teint de blonde aux yeux bleus est désormais protégé des coups de soleil par Jeewin, une marque de crèmes solaires françaises respectueuse de l’environnement. Le visage bleu sur les aires d’autoroute, ça fait son petit effet ^^

Merci à eux d’être là pour moi!!

Sur le WCT (surf), en Stand Up Paddle, mais aussi sur le Freeride World Tour (ski/snowboard) et depuis bien plus longtemps dans le skateboard DH, les prize money sont équivalents entre les hommes et les femmes. Olivia Piana en stand up paddle a le même budget de la part de son sponsor, que son homologue masculin – et a dû se battre bec et ongles pour obtenir cette égalité.

Depuis quelques années en skate, il arrive régulièrement qu’une femme l’emporte sur les hommes. Bénéficiant d’une équité presque parfaite tant en salaire qu’en soutien, entrainement, le lien semble évident. Pourquoi n’est-ce pas encore le cas en windsurf – hors Pozo ?

Un grand sujet ! Qui organise Pozo ? Les sœurs Moreno, des femmes donc. Je ne les remercierai jamais assez pour ça, c’est un magnifique cadeau pour les waverideuses qui pour une fois reçoivent ce message : vos efforts méritent autant que ceux des waverideurs, et vous méritez de disposer des même moyens qu’eux pour les poursuivre, on vous fait confiance!

J’ai mis beaucoup de temps avant de répondre à cette question d’une manière qui me satisfasse, je sais que ce que je vais dire va susciter des critiques, des remises en cause, que je vais passer pour une chouineuse et cætera, mais il fallait que ça sorte.

Au début c’était un sujet sur lequel je ne me prononçais pas, je ne connaissais pas bien le milieu de la compétition, je n’avais encore pas vécu ce genre de discrimination directement et les fois où j’atterrissais sur le podium parce qu’on était 2 ou 3, je ne pensais rien mériter de spécial parce que je n’étais pas spécialement brillante sur l’eau. En me mettant à la place de l’organisateur, je me disais que mettre le même prize money pour 3 à 7 femmes et une trentaine de mecs, c’était difficilement justifiable. En progressant sur l’eau et en prenant plus confiance en moi, c’est devenu quelque chose qui me mettait en colère, mais c’est difficile de faire comprendre la situation aux personnes qui trouvent que l’état actuel des choses est normal comme je le pensais moi-même avant. Avec le recul, je me rends compte que j’ai complètement reproduit un schéma de pensée classique.

Avant de faire la PWA, je regardais quasiment tous les lives en slalom comme en vague et j’étais la première à penser que les meufs du tour n’avaient pas un niveau dingue à part les 3 premières et que par rapport aux mecs, ça ne me faisait pas rêver. Je ne m’identifiais pas du tout à elles. Ça ne devait pas être si dur de passer des tours!

La PWA, en slalom comme en vague, a été une énorme claquasse salvatrice pour mon orgueil tout boursouflifié. En slalom au Danemark, le jibe à 8 à fond la caisse avec des japonaises de 45kg qui allaient plus vite que moi en 7,8m2 dans 20 noeuds de vent, je m’en rappelle trèèèèèèèès très très bien. Les heats à Pozo où je me chiais dessus pour faire un front à la rue en 3,3 quand les autres balançaient des push et des late forwards, en finissant dernière de tous mes heats, ça m’a bien calmée aussi. D’ailleurs je pensais sincèrement que le vent fort ne serait jamais pour moi, mais après avoir utilisé une 3,0 au lieu de ma 3,3 habituelle, j’ai senti une différence énorme sur l’eau: je me sentais plus en contrôle et j’envoyais beaucoup plus qu’en 3,3 où j’étais trop surtoilée et j’avais trop d’appréhension. Et je suis loin d’être la plus légère du groupe. Ça m’a soulagée de savoir que oui, le matériel et 0,3 m² font la différence, contrairement à ce que je pensais. Le fond du problème n’était pas que mental, mais surtout d’avoir du matos adapté, dont j’avais besoin pour progresser, alors qu’avant j’estimais que c’était à moi de m’adapter… ça m’a frappée ensuite de voir un heat avec Philip Köster et Thomas Traversa totalement à la rue, où ils ne faisaient pas le quart de la moitié de ce dont ils sont capables. Ça m’a vraiment déculpabilisée par rapport à ma propre nullité en 3,3 à la rue et j’ai mieux mesuré l’engagement des waverideuses à Pozo. Gros respect!!!

Je ne m’en rendais pas compte au début, je pensais qu’avoir du matos récent et aller sur des spots au soleil l’hiver c’était un truc de nantis frileux, mais ça a un réel effet sur la performance. Je peux enfin m’offrir les planches dont je rêvais et je surfe mieux qu’avant rien qu’en changeant de planche. Je n’ai pas pris beaucoup de vagues à Hookipa mais c’est là où j’ai vraiment commencé à sentir ce qu’était le surf, et pas sur un autre spot de France. Même le virement de bord, je l’ai enfin appris pendant ma première fois à la PWA Tenerife en 2017, à force de bouchonner tous les jours avec 25 pros sans pitié pour ceux qui sont mal placés. Mais voyager, c’est aussi un gros budget mis à la disposition de certains, mais en aucune façon de certaines… Peut-être à part Sarah-Quita ?

Je n’ai jamais osé poser la question et établir un comparatif à classement égal, mais en tout cas j’ai été étonnée du nombre de mecs qui me répondaient qu’ils ne faisaient que de la planche quand je leur demandais ce qu’ils faisaient de leur vie, alors que chez les femmes, la norme c’est d’avoir un boulot à côté, et à plein temps pour la plupart. Si on prend le cas de la blessure, ce que je ne souhaite à personne, Daida a vu son contrat chez Starboard se réduire à peau de chagrin après l’annonce de son forfait pour la saison 2019 après Pozo, alors qu’elle a été championne du monde pendant X années et qu’elle a survécu à un cancer (non mais UN CANCER QUOI!!!) dont les séquelles sont une cause de son retrait de la compétition. Pour rappel, Daida est organisatrice de la PWA à Pozo ce qui lui prend 6 mois dans l’année et travaille aussi comme kiné. Et à côté de ça, quand j’ai demandé à Alessio Stillrich qui revenait d’un an de blessure ce qu’il faisait à côté de la planche, « Ben que de la planche ». Je ne connais pas tous les détails de la vie de chacun, ni leurs contrats et antécédents, la question n’est pas de savoir qui est le plus méritant mais il y a une différence de traitement que je trouve choquante.

Maintenant que j’ai envie d’aller plus loin dans la compet’, que j’ai envie d’investir en moi-même que ce soit pour me faire encadrer dans ma préparation, me payer le matos dont j’ai besoin et moins tout faire dans la souffrance, avancer plus vite, je me sens un peu coincée. Pas assez d’argent, donc j’ai du mal à m’entraîner plus (je travaille à côté et si je diminuais mes heures je ne pourrais plus entretenir ma voiture), donc à progresser ; mon emploi du temps et les prévisions ne sont pas toujours coordonnés pour naviguer plusieurs jours d’affilée, ce qui permet de vraiment fixer les acquis. Concernant l’image, essentielle pour identifier et corriger ses défauts rapidement, et aussi bien-sûr pour se montrer, au début, je comptais sur les photographes des spots, et assez vite j’ai payé des shootings pour avoir des images de ce que je fabriquais sur l’eau, sans ça, des noix! Un shooting photo, c’est 95€ pour Nicolas Peltier, un photographe de Wissant; pour la vidéo, je n’ai pas encore demandé mais ce n’est pas donné non plus. Je n’ose pas toujours aller voir les photographes, ce qui fait que je ne les connais pas très bien, et c’est mon copain qui me filme et me photographie quand il n’est pas sur l’eau. Je ne peux pas aller sur des spots de référence qui se situent à l’étranger et qui sont indispensables pour étoffer son bagage technique en waveriding. Les conditions de sponsoring sont globalement moins bonnes pour les femmes, le matos me coûte donc plus cher, j’essaie de limiter la casse et je ne prends pas autant de risques que je voudrais sur certains spots. Et à tout cumuler (en plus des TCA, sinon c’est trop facile), je suis défoncée en fin d’année. Les nuits à mal dormir en caisse pour ne pas payer 25€ une nuit dans un vrai lit ou faire 5h de nationale dans la journée pour aller naviguer, c’était quand j’avais 20ans, maintenant je ne peux plus. La prépa physique non encadrée, ça a aussi ses limites, j’ai fait n’importe quoi seule et je m’effondrais complètement en milieu de saison. Au fur et à mesure, j’ai commencé un suivi l’année dernière. Mais c’est un peu erratique. J’y vais quand j’en ai les moyens. Je suis plus dans du bidouillage de loisir que dans du professionnalisme.

Depuis que je fréquente le tour, je me demande même comment certaines font pour avoir un tel niveau avec un boulot à plein temps à côté, ce sont toutes des femmes brillantes et méritantes. Il y a une vraie méconnaissance du windsurf féminin sur le Tour mondial qui est, je trouve, assez mal mis en valeur avec moins d’images et parfois une focalisation sur le physique alors que les histoires de ces personnes sont passionnantes et sortent vraiment de l’ordinaire; un physique, c’est interchangeable, contrairement au style ou à la personnalité.

Même avant que je commence l’AFF, des potes m’avaient dit que j’avais le potentiel de battre Delphine Cousin, qui faisait déjà de la compétition depuis plusieurs années (j’étais morte de rire en les entendant)… Je pense qu’elle les dépose tous, moi au passage évidemment. Justyna, Daida et Sarah-Quita travaillent les doubles forwards qui demandent un gros mental et aussi un sacré travail physique. Daida me disait qu’il fallait une grosse puissance musculaire au niveau des cuisses, je l’écoutais en disant « moui, certainement », et quand j’ai commencé à essayer de faire des lates forwards, effectivement j’avais les jambes bien cramées (en plus des maux de tête avec les moultes réceptions à plats diverses et variées sur la face postérieure). Si des mecs avec un IMC de 15 y arrivent, évidemment qu’elles peuvent le faire ! Si elles avaient pu disposer d’un budget matos, d’un budget voyage et autres invitations à Hawai, je suis sûre qu’elles seraient en train de peaufiner leurs push-forwards et leurs goyters. Lina Erpenstein envoie des lates parfaits, Iballa balance des aerials de ouf, les freestyleuses comme Maaike Huverman progressent hyper vite et mettent la pression sur les manœuvres dans la vague comme le goyter… Et on va éviter de parler des jeunes comme Alexandra Kiefer s’il-te-plaît, ça me rappelle trop les sales gosses qui me fument tout schuss sur les pistes de ski ^^ Bref, avec les moyens dont elles disposent, dont certaines qui cumulent emploi et compét’, ou alors carrières pro en SUP ou d’autres disciplines à côté, ce qui est hyper crevant, chapeau.

Si comme en entreprise, les salaires étaient rendus publiques et accessibles à tous, je pense que ça favoriserait aussi l’équité. A part les prize money dont les montants sont publics, il y a une omerta patente et assumée sur les conditions de sponsoring, et j’ai des raisons de penser que les écarts sont conséquents. Les hommes se plaignent de survivre, mais chez les femmes, en majorité le windsurf fait plus figure de passe-temps coûteux que d’un job mal payé. C’est difficile pour tout le monde, les mecs doivent prendre des risques énormes par rapport à ce qu’ils y gagnent, ils sont aussi coincés dans une surenchère du spectaculaire qui en laisse quelques uns dans le fossé (alors que les trips de Manu Bouvet et Carine Camboulives sont hyper intéressants aussi) et je ne parle que de ce que j’ai vu et entendu – autant dire une fraction minime de la réalité – mais quand j’en entends certains se plaindre de devoir rédiger eux-même leurs interviews, ça me court un peu sur le haricot. Ou alors que leur sponsor les paie en fonction des vues que fera leur vidéo et ne leur avance plus les frais avant de la réaliser, ce n’est pas une évolution des conditions de travail gratifiante mais je t’avoue que ça me ferait hyper plaisir d’avoir ça. Moi aussi j’ai envie de charger du gros, de balancer des aerials de porcinet et de poser des late forward loop, mais à un certain niveau, la volonté ne suffit plus.

Pour faire l’avocat du diable, les arguments pour ne pas donner de moyens aux filles sont qu’elles sont moins nombreuses, et souvent elles arrêtent vite la compet. Forcément, avec un boulot à côté, c’est comme de faire un trajet à vélo quand les autres sont en moto. On va moins loin et c’est plus fatiguant.

On prend souvent l’argument du faible marché du windsurf féminin. Regarde, donne les moyens aux filles et elles organiseront des clinics spécial filles ; c’est leur clientèle et c’est aussi celle des marques. En fait, les filles, c’est tout un pan du windsurf: ce sont les petits gabarits d’une manière plus générale, les ados, les enfants… Pendant ce temps-là, tout le monde répète que l’avenir du windsurf passe par les jeunes. Beaucoup de postes décisionnaires au sein des marques ou des media sont tenus par des hommes qui ne sont pas forcément foncièrement machos, mais qui façonnent le windsurf selon leur propre vision du monde (prédominance masculine dans les media, plutôt axé perf que créativité pure, plutôt compet que freeride ou freesurf…) et ne s’intéressent pas au gros défi commercial que représente ce marché des femmes et des jeunes, alors que c’est plus de 50% de la population, une grosse partie de la famille et qu’il est possible de mutualiser les frais de développement avec le matos pour jeunes, par exemple. Apparemment certains cadres de la PWA d’ailleurs ne seraient absolument pas convaincus du bien-fondé d’une quelconque parité des prize money (relaté par Lena Erdil sur https://www.mywindstories.com/post/sometimes-it-feels-like-hitting-my-head-against-the-wall).

Je connais mal les rouages intimes du milieu, si jamais j’ai sorti une énormité, signalez-le et on corrigera ! (nda : le fameux droit de réponse So Rad). En tout cas, je ne me tairai plus tout en arborant un grand sourire sur le podium, si à une prochaine compet en France il y a un chèque de 500€ pour le gagnant, un poncho pour la gagnante et des clopinettes pour les jeunes (ça, c’était en 2018 à la Wissant Wave Classic). Je veux pouvoir avoir les moyens de progresser et être reconnue pour mon niveau. Je suis hyper frustrée parce que j’ai envie d’en faire plus, mais que tout est plus difficile d’accès. Je reconnais cumuler quelques difficultés supplémentaires, soit ^^

Pour les organisateurs qui hésitent à attribuer du prize money pour 4 windsurfeuses, dites-vous que vous faites un investissement: elles ramèneront plus tard d’autres pratiquantes, elles pourront mieux promouvoir la pratique féminine et le windsurf avec des images professionnelles qui sont un gage de sérieux et de qualité, gagner en niveau, agrandir leur réseau, voir plus grand, créer leur marque, leur journal, leur boîte… Bref, se professionnaliser et devenir à leur tour des personnes qui donnent envie à d’autres de s’y mettre, parce qu’elles ont montré que c’était possible, même en faisant 1m55, en ayant de la cellulite et ses règles tous les mois.

Le surf est un exemple de cercle vertueux où vu de loin, pour caricaturer on est passé de l’univers des bonnasses en session nudiste dans des videos putaclic ou des compétitrices dans des conditions un peu moisies en compet à celui des shreddeuses qui chargent Jaws et Nazaré. Le regard n’est plus le même, la pratique féminine s’épanouit, ainsi que la pratique jeune en club. Personnellement, je n’ai pas envie d’être séduite par d’autres femmes en string qui rament sur un lac, je préfère des icônes qui montrent que tout est possible et qui m’inspirent au quotidien dans un monde où on nous dit plus souvent de rester dans la norme sans poil qui dépasse. Faites péter vos barrières, comme disait une instagrameuse!

Et donc pour répondre à la question précédente, qu’est-ce qu’être une compétitrice en 2020 ? Pour être passée du côté de la spectatrice acerbe qui pensait pouvoir mieux faire, à l’autre côté de l’écran… C’est dur ! Mais on est un groupe assez soudé, je suis super heureuse de connaître toutes ces windsurfeuses qui déchirent et qui sont un exemple pour moi. Plutôt que de critiquer et jalouser, j’ai appris à encourager comme on m’avait moi-même encouragée, à avoir plus de bienveillance envers moi-même et les autres. Avant j’étais complètement désemparée face à quelqu’un qui se dévalorisait comme je le faisais moi-même systématiquement et je me suis rendue compte à quel point c’est difficile à entendre pour les autres aussi. Je suis vraiment contente d’avoir appris à changer mon regard et mon discours vis-à-vis de moi et donc des autres, et fréquenter des gens hyper positifs comme Sarah-Quita, qui a été une vraie aide. On est plus dans l’émulation que la compétition. Inutile de rappeler que le niveau monte chaque année, il faut sacrément s’accrocher!!!

Carte blanche pour la fin, déballe ton sac, l’absence totale de censure te permet de dire absolument tout ce que tu veux, sur le windsurf, sur la soupe d’ortie, l’anarchisme, les pédicures, tout !!! En contraintes oulipiennes si cela te chante.

Comme on en est à 9 pages, je vais essayer de faire court (AHEUM) ; c’était l’interview coming-out ! Désolée si je vous ai froissé, ignoré, manqué à une promesse ou une obligation, posé un lapin à la dernière minute ou oublié votre nom. Si ça peut vous rassurer, apparemment j’ai été à une soirée chez une amie dont je n’ai strictement aucun souvenir, alors que ma boisson préférée est le cidre doux. Si dans le cadre de la planche j’ai l’air cool et sympa, je peux aussi être déprimante, trop cérébrale, extrêmement timide, j’ai peur des gens, je fuis les problèmes et je peux avoir un bon gros caractère de merde, tout en étant bourrée de contradictions. Il y a des jours plus faciles que d’autres, comme pour tout le monde. Dans les journées plus difficiles, je me sens terriblement seule et je m’isole complètement, interagir avec les autres c’est comme si je gravissais l’Everest. J’ai l’impression d’observer les terriens depuis mon orbite dans l’espace infini et glacial sans pouvoir changer de trajectoire. Mais ça va mieux, j’y travaille ^^

Pour les curieux et curieuses, le film Je ne suis pas un homme facile (Netflix – tant que vous y êtes I feel pretty est sympa aussi) est intéressant pour questionner son rapport à la féminité. Jouissif quand on est une femme, dérangeant pour les mecs, éclairant pour tous. Et regardez Maiden aussi, un magnifique biopic de voileuses sur leur première course au large, merci au Wind Sail Racing Festival pour la découverte.

Et euh… merci. Je vous aime.

7 réflexions au sujet de « LA FILLE DU TRAIN »

  1. Quel combat !
    Un entretien passionnant qui révèle le dessous des cartes sans fard. La nécessité d’expression qu’elle soit littéraire ou sportive, est bien souvent une lutte à mort pour la vie.
    Une rideuse pour laquelle j’aurais eu plaisir à shaper.
    Bravo!

  2. Coucou Marine,
    Toujours aussi sympa de suivre ton parcours.
    Quand je pense à tes débuts en planche dans le 17… Je te dis un grand bravo pour ton implication et ta progression.
    Peut être à un de ces jours si tu repasses par la Charente Maritime !
    Greg

    PS : j’ai même des fonds d’écran de tes exploits en world cup, c’est dire si je suis fan !

  3. Beaucoup de sensibilité et d’humanité
    Personnalité très attachante… Avec le sourire aussi dans les mots même s’ils sont graves
    Merci pour ce témoignage

  4. Je sais pas combien de personnes auront eu le courage de lire tes 9 pages à l’heure du zapping non stop, de l’immédiateté, du « tout jetable »… mais personnellement, je trouve toujours tes articles et ton blog passionnants, bien écrits et plein de bon sens.
    Bravo pour ton parcours et ton enthousiasme et continue comme ça à t’eclater et promouvoir le windsurf féminin !
    A +
    Les Coiff

  5. Je sais pas combien de personnes auront eu le courage de lire tes 9 pages à l’heure du zapping non stop, de l’immédiateté, du « tout jetable »… mais personnellement, je trouve toujours tes articles et ton blog passionnants, bien écrits et plein de bon sens.
    Bravo pour ton parcours et ton enthousiasme et continue comme ça à t’eclater et promouvoir le windsurf féminin !
    A +
    Les Coiff

  6. So Rad merci pour cette interview de qualité !
    c’est un beau chemin que tu empruntes là Marine, bravo pour cette honnête franchise et continue de faire bouger ces lignes

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