LES RENCONTRES DE BAMBI – PUKAS SURF

Cet été, So Rad est reparti en balade, au volant de Bambi, le plus petit camping car du monde en 1990. Au fil de la route, quelques rencontres. . .

Ce n’est pas toujours la taille qui compte. . .

« L’atelier a brûlé. Il est parti en fumée, avec tout ce qu’il y avait dedans. Tous le monde s’en est sorti sain et sauf, profondément choqué, mais sans le moindre blessé. Il n’a fallut que quelques petites heures pour que tout disparaisse sans que rien ni personne n’ai pu faire quoi que ce soit. Un faux contact, un court circuit, deux câbles qui se sont touchés, quelques étincelles et cela a suffit pour lancer le brasier, en pleine après midi. C’est pour ça qu’on ne laisse pas trop de photographe rentrer dans cet atelier, ce n’est pas notre atelier, c’est juste un hangar qu’on loue le temps de se réétablir à Zarautz. Les travaux devraient être fini l’année prochaine. » Sur un mur, une photo de l’atelier en cendre avec le seul surf épargné des flammes. À coté de la photo, le cadavre d’un surf, noir de suie et tout fondu.

Fils du père fondateur de Pukas, Adur Letamienta est un big wave surfer, c’est lui notre guide pour cette balade basco-surf-business dans l’un des plus gros atelier de shape en Europe, à Oiartzun, non loin de San Sebastian, au Pays Basque Espagnol. C’est lui qui s’occupe de la communication. Des dizaines de shapers travaillent pour eux, et chaque année, ce sont 10 000 boards qui sortent de l’atelier. Des shapers de renommées internationales les ont choisis pour produire leurs surfs en Europe, à l’instar des Channels Island, Mc Tavish ou encore Chris Christenson qu’Adur adore et adule. « Ce mec ne fait pas que des guns de grosses vagues, c’est aussi lui qui fait les meilleurs twin-fins du marché. J’en suis complètement fou !!! Je l’ai rencontré sur un contest de Big Wave Surfing en Oregon (USA) le courant est passé tout de suite entre nous, il cherchait un endroit en Europe pour faire ses planches et ne pas avoir à trimballer ses guns en avion tout le temps. Je lui ai proposé de bosser avec nous, et ça a commencé comme ça. Ça résume bien l’esprit Pukas. Une grande histoire d’amitié et de rencontre, on avance de sourires en vagues. » Cette philosophie du sourire pour aller de l’avant, c’est comme ça que l’atelier Basque est devenu champion du monde en 2013, quand Gabriel Medina a remporté son premier titre mondial, avec des Pukas sous les pieds.

Adur était au Brésil pour un autre contest de surf de gros. Il y rencontre Johnny Cabianca, le courant passe, le shaper cherche à travailler avec une grande enseigne et ses planches sont bonnes. Le contrat est signé en incluant quelques jeunes surfeurs pour qui Cabianca concevait déjà des surfs. Parmi eux, un adolescent introverti et au style explosif, l’inconnu Gabriel Médina qui devient Champion du monde peu de temps après. Gabriel n’a pas changé de shaper mais Johnny a décidé de voler de ses propres ailes depuis. Ainsi va la vie et le surf business.

co-pirate « Pukas »

Le surf à ses début, c’était une contre culture, des rebelles qui vivaient hors système. Pukas a été créé dans les années 70, le tristement célèbre Franco tenait encore d’une main de fer l’Espagne et Iñigo Letamendia, le créateur de la marque ne vivait que pour le surf, le sex, la drogue et le rock’n roll dans le plus pur esprit hippy des 70’s. Les valeurs de la marque ont évolué depuis. « Il n’y avait qu’un seul type de surfer à l’époque, maintenant, c’est la diversité qui règne dans ce milieu comme dans le monde réel d’ailleurs. En tant que passionné de surf, nous voulons que tout le monde trouve son compte et prenne toujours plus de plaisir à prendre des vagues, qu’elles soient petites, grosses, molles, lentes, que le surfeur soit ultra engagé dans ses manœuvres aériennes et ne vive que pour la performance, ou qu’il soit plus contemplatif, en quête de belles courbes et de glisse tranquille. On ne veux pas être une marque qui sectarise le surf en différentes castes. Ce qu’on aime, c’est le surf, tout simplement. Partant de cette idée, il faut suivre l’évolution du surf et évoluer avec. Ce n’est pas une mauvaise chose, et d’ailleurs, il n’y a pas de marque qui restent dans l’esprit des 70’s, rebelles et anti-système. »

photo de 1973 – co-pirate « Pukas »

Si certaines le clament haut et fort, ce n’est qu’un outil marketing et un gros manque d’objectivité. Une marque doit vendre, et de dire que l’on ne shape que pour les purs, les vrais, s’est juste un moyen de rameuter les gens qui veulent s’identifier à cet esprit, ça ne veut pas dire qu’ils le sont. L’identité surf/skate hardcore s’est perdue depuis longtemps, même Justin Bieber porte un teeshirt Trasher. Alors pour Adur, autant rester honnête et avoir conscience que leurs surfs iront dans les recoins les plus insoupçonnés. « Tant qu’il y a une vague quelque part, aussi petite soit-elle, il y aura quelqu’un pour essayer de la surfer, de glisser, de s’amuser. C’est ce qui est beau dans le surf, et c’est pour ça que l’on ne se réclame plus de cet esprit, sans pour autant oublier nos racines. Le surf est l’un des plus beaux sports du monde. Surfer procure de la joie !!! Alors plus il y aura de monde à en faire, meilleur le monde sera. » On ne cesse de vous le répéter, UN JOUR, LA GLISSE SAUVERA LE MONDE…

Pour ça, il faut aussi que ces quelques surfeurs qui se targuent d’un ultra localisme mettent de l’eau dans leur vin. La question du localisme sur les spots de surfs fait débat depuis les années 80 et le début de la popularisation du surf. Adur a son idée sur la chose. « Les spots de surf ne sont bondés qu’un mois et demi par an. Et encore, si tu veux surfer une vague sans personne dessus c’est toujours possible. Il suffit de pousser un peu plus loin que son beach break habituel. Voyager permet de tempérer cet esprit. C’est comme rouler à Paris en plein été, c’est forcément bondé et on ne peut pas rouler à 100 km/h. Si on veut rouler à fond, il suffit d’aller un peu plus loin. Et les pauvres gens qui viennent de loin pour visiter la ville sont forcément perdu. Il faut le comprendre et l’accepter. Surfer en plein été c’est pareil… » Cette notion de localisme, de chasse gardée, on en entend beaucoup parler mais au final, les gens seraient plutôt bons entre eux… Après l’incendie, il n’a fallut que deux petites semaines pour que l’atelier reprenne un second souffle. « La communauté internationale s’est mobilisée pour nous aider à reprendre pied. C’était fou, et ça fait du bien. Ça montre que le surf, malgré tout ce que l’on peut dire, est un milieu où l’entraide existe et est bien réelle. Ça montre aussi que l’esprit du surf n’est pas si mort que ça !!! »

La dernière question est celle qui fait débat dans le milieu du surf de haute performance… Team Gabriel ou Team John John ? Adur aime le beau surf, tout simplement, et c’est avec le sourire qu’il me répond « May the best man wins »

co-pirate « Pukas »

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